3 octobre 2025
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Raphaël Scaïni : « J’ai toujours travaillé à l’instinct »

© Nicolas Velter/RTBF
Il vous réveille chaque matin de la semaine avec son « Coffee on the Rocks » sur Classic 21. Fraîchement papa pour la deuxième fois en juillet, l’animateur se confie… comment dire… en toute caféine, tendresse et (auto)dérision.
Vous êtes diplômé en publicité et graphisme, mais vous avez commencé votre carrière… au Ministère des Finances. À quel moment la passion pour la radio a-t-elle pris le dessus ?
Elle était là bien avant tout le reste. À 7 ans, c’était une évidence. J’ignore d’où c’est venu. Aucun artiste à la maison, aucun modèle. Je suis issu d’un milieu ouvrier, d’une famille italienne où l’on valorisait surtout le travail manuel, l’usine, le concret. Quand j’ai parlé de ce média, mes parents ont souri, pensant à une lubie d’enfant. Mais le temps a passé, et ce désir ne m’a pas quitté. À chaque question sur l’avenir, je donnais la même réponse. Cela a fini par les inquiéter. Ils espéraient un parcours plus classique, je portais une conviction trop forte pour y renoncer. Je suis le premier à m’être éloigné de la voie tracée, à sortir du cadre familial pour m’aventurer dans un monde inconnu pour eux.
Justement, quelle était la voix que vous aimiez écouter ?
Il y en avait plusieurs, évidemment (Rires). Je me souviens d’André Torrent, qu’on écoutait à la maison sur RTL France, et de Serge Vanhaelewyn, qu’on suivait sur Radio Hainaut, devenue plus tard Fréquence Wallonie, puis VivaCité. Le dimanche matin, il y avait aussi François Pirette. Ce sont ces animateurs-là, ces moments suspendus, qui ont éveillé chez moi les premières émotions liées à la radio.
Vous rejoignez la RTBF en 2001. Comment s’est déroulé ce passage vers une maison publique, avec des moyens et des attentes différents des stations privées ?
En parallèle de mon job au ministère des Finances, je faisais de l’antenne locale le soir. Un jour, j’en ai eu assez du bureau. Le temps passait, il fallait que je tente ma chance. J’ai passé un casting chez Nostalgie, ils m’ont pris pour une saison. Je continuais à viser la RTBF, sans succès. Puis un jour, Cédric Godart, que j’écoutais souvent, me fait rire. Je lui écris pour le lui dire, il me répond et remarque mon adresse Nostalgie. Quelques semaines plus tard, il me propose un week-end sur « Bruxelles Capitale ». Le casting était en direct. J’étais stressé, mais ça s’est bien passé. J’ai enchaîné les week-ends, puis quitté Nostalgie. La RTBF m’a intégré. Et tout est parti de là.
Après 12 ans à diriger la programmation musicale de VivaCité, vous avez décidé de changer d’air pour rejoindre Classic 21. Qu’est-ce qui vous a poussé à opérer ce virage ?
Je tournais en rond dans mon créneau habituel. J’avais envie de revenir à mes racines : le rock et la pop anglo-saxonne. Classic 21 était la radio idéale, et je savais qu’un poste allait bientôt se libérer. J’ai parlé avec Marc Ysaye, qui m’a dit qu’il n’y avait rien pour l’instant, mais qu’il gardait l’idée en tête. Peu après, on m’a proposé de coanimer le 17h-19h sur VivaCité avec Sarah De Paduwa. Tout est arrivé en même temps. J’ai quitté la chaîne à la fin de la saison et rejoint Classic 21, où j’ai repris une partie de la programmation musicale et une émission en fin de matinée.
Vous assurez la programmation et l’animation quotidienne (6h–10h). Comment gérez-vous ce mélange de responsabilités ?
J’essaie de faire au mieux, et visiblement ça fonctionne. Les audiences sont là, le public suit, la chaîne se porte à merveille. Lors des derniers résultats, on est repassé devant bel RTL — ce n’est pas la première fois, mais c’est satisfaisant. On reste la deuxième station en volume d’auditeurs à la RTBF. On performe particulièrement sur la tranche des 18-54 ans, très prisée par les annonceurs. On diffuse encore beaucoup de titres « souvenirs », mais avec un vrai coup de frais ces dernières années. J’ai toujours travaillé à l’instinct, que ce soit pour l’animation ou la programmation, en respectant les formats et les cahiers des charges.
Selon vous, quel est le secret du positionnement de Classic 21 qui en fait aujourd’hui une référence en Fédération Wallonie‑Bruxelles ?
On est les seuls à proposer cette musique-là : du rock, de la pop anglo-saxonne, des artistes comme Nirvana, Oasis ou les Cranberries — qu’on n’entend nulle part ailleurs. C’est ce qui fait notre force. On est une radio refuge, pour ceux qui veulent sortir des playlists formatées qu’on retrouve partout ailleurs. Certains viennent ponctuellement, d’autres restent fidèles. On est aussi une vitrine importante pour les artistes locaux dans ce registre.
Devenir à nouveau papa à 50 ans, comment cette étape est-elle arrivée dans votre vie ?
Je me suis séparé de la maman de ma fille, il y a longtemps. Elle a 14 ans aujourd’hui. Plus tard, j’ai rencontré ma compagne actuelle, qui n’avait pas d’enfant. Le lien avec ma gamine a été immédiat, très fort, et on s’est concentrés sur elle pendant des années. Aujourd’hui, on a décidé d’agrandir la famille avec la naissance du petit Télio le 12 juillet dernier. Je sais que j’aurai un ado à la maison quand je serai à la retraite, mais je prends ça avec philosophie. C’est un vrai coup de boost, une belle aventure, pleine de joie. Et puis, avoir 50 ans aujourd’hui, c’est comme avoir 30 ans il y a vingt ans. On est plus jeunes dans la tête, plus libres dans nos codes. Je suis heureux, sincèrement.
Quand Éline répond « Superslip » à la question « Il fait quoi ton papa dans la vie ? », on sent qu’il y a de la complicité à la maison.
Ma fille n’a jamais été gênée de me voir faire le clown à la télé. Elle l’a vécu avec beaucoup de détachement, et de manière très positive. J’avais un peu d’appréhension à son entrée en secondaire — l’adolescence peut changer le regard — mais au contraire, ses camarades trouvaient ça sympa. Certains disaient : « J’ai vu ton papa », ou « Mon père aime bien ton père ». C’était plutôt flatteur pour elle. Elle ne s’en est ni vantée, ni servie. Pour elle, c’est juste normal. Papa fait de la radio et de la télé, c’est comme ça. Aucun problème, aucune pression. Elle a su faire la part des choses.
Fabrice STAAL
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