11 février 2026
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Mireille Dumas : « Filmer, c’est donner du sens »

© France TV/00710870/Bestimage/PhotoNews
Journaliste, réalisatrice et productrice, elle a marqué la télévision par des formats audacieux en prise avec les évolutions de la société. Ce parcours a conduit le Festival de Télévision de Monte-Carlo à la nommer présidente du jury documentaire en juin dernier.
Quelles ont été vos premières émotions avec la télévision ?
Mon premier tournage, en Italie. C’est là que tout a commencé. J’ai rencontré celui qui est devenu mon compagnon de route, Dominique Colonna. Réalisateur, il préparait alors l’un de ses premiers projets, un portrait de Naples à une période où la ville était politiquement très marquée. À l’époque, j’étais journaliste en presse écrite. Il m’a proposé de participer à l’aventure, officiellement parce que je parlais couramment italien. Ce fut pour moi une expérience décisive.
Que vous a apporté cette expérience sur le terrain ?
En parlant avec les gens, je me suis rendu compte que l’échange se faisait très naturellement, même dans une langue étrangère. J’ai compris que cela allait au-delà du journalisme tel que je le pratiquais. J’avais le désir de filmer, de réaliser, parce que certaines situations me donnaient envie d’être capturées par la caméra.
Avez-vous un souvenir précis de ce tournage ?
Oui, un moment très fort. Un charcutier nous a fait entrer dans son appartement pour nous montrer qu’il avait réussi. À chaque objet présenté, il donnait son prix. Je trouvais cela totalement surréaliste. C’était presque un strip-tease social. La scène s’imposait d’elle-même à la caméra, tant elle était forte. Il s’est passé quelque chose de décisif autour de ce documentaire.
Selon vous, quels sont les ingrédients essentiels d’un bon documentaire ?
En deux mots, un bon sujet et une réalisation exigeante. Sans cet équilibre, le documentaire perd sa force. Le fond est essentiel, bien sûr, mais la forme l’est tout autant. À partir d’un même thème, confié à plusieurs réalisateurs, celui qui se distingue est toujours celui qui parvient à proposer une écriture et un regard singuliers.
Qu’est-ce qui pourrait aujourd’hui vous donner envie de reprendre la caméra ?
Avant le Covid, je regardais beaucoup les trottoirs de Paris. J’étais frappée par l’incivilité des gens qui jettent leurs papiers, et par les éboueurs qui ramassent nos détritus. J’ai choisi de suivre ces femmes et ces hommes, d’autant que le métier se féminise, ce que l’on ne perçoit pas forcément au départ.
Pourquoi ce sujet vous a-t-il autant interpellée ?
En approfondissant le sujet, j’ai compris combien ce métier reflétait notre société. La crise pousse même des personnes diplômées à devenir éboueurs. Ils racontent qu’on leur jette parfois des déchets aux pieds, qu’ils ramassent sans réagir, simplement parce que c’est leur mission. Une réalité révélatrice de notre rapport aux autres.
Les documentaires sont de plus en plus présents dans les festivals de fiction. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Cela traduit un besoin fort de revenir au réel, de comprendre le monde tel qu’il est, ici et maintenant. Le documentaire répond à cette attente, d’autant que la fiction elle-même s’en nourrit souvent. Il permet de revenir à la source, à quelque chose de concret et de tangible. À l’heure où l’intelligence artificielle ouvre des univers très éloignés du réel, ce besoin s’accentue. Le monde traverse des tensions, les repères vacillent et l’on sent que les choses deviennent plus complexes. Le documentaire agit alors comme un point d’ancrage, une manière de rester connecté à la réalité et de mieux appréhender ce qui nous entoure.
Julie VINCENT
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