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23 décembre 2025

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Jacques Careuil : « On me parle encore de « Feu Vert » »

© DR/INR

Il vient de souffler ses 90 bougies et garde l’appétit d’un jeune premier. L’ancienne figure de la RTB (à l’époque où le F n’était pas né) revient sur ses années de gloire, depuis la Thaïlande, où il savoure désormais la vie… en version tropicale.

Vous êtes né Guido Neulinger, mais toute une génération vous connaît sous le nom de Jacques Careuil. Comment ce pseudonyme est-il né ?

J’étais au collège, un établissement catholique assez strict, et je faisais du théâtre dans une troupe amateur qui s’appelait « L’Union Dramatique et Philanthropique de Bruxelles ». On montait une pièce de Giraudoux, « Le Supplément Voyage de Kouk », où tout le monde était dévêtu. Pas vraiment du goût de la direction… Pour éviter les ennuis, j’ai pris une identité d’artiste. Comme j’étais scout, mon totem était l’écureuil. De fil en aiguille, c’est devenu Carreuil. On a testé Guy, Guido… rien ne sonnait. Et puis Jacques est arrivé comme ça, sans prévenir. Il est resté.


Pour « Pom d’Api », vous êtes devenu Bernard. Pourquoi ce changement ?

(Rires) Eh oui, encore un prénom au compteur. En 1958, pour ma toute première émission, « Pom d’Api », la direction trouvait que « Jacques », ça faisait un peu trop… « faire le Jacques », une vieille tournure populaire qui signifiait « faire le pitre ». Allez comprendre. Ils ont proposé Bernard, tiré d’on ne sait où, mais j’ai dit oui. C’était les débuts de la télé, tout le monde se connaissait, on faisait ça en famille. L’ambiance était fabuleuse.


« Feu Vert » a marqué toute une génération (1966-1980). Comment le concept est-il né ?

Après plusieurs petits programmes pour enfants, on a eu l’idée de tout rassembler en un seul, plus ambitieux, en direct, le mercredi après-midi. Au début, j’étais seul en plateau à lancer des séries comme « Flipper le dauphin ». Puis André Rémy est arrivé. Avec lui, on a ajouté les jeux, les chanteurs… et le rendez-vous a pris une toute autre dimension. Il s’occupait de toute la partie musicale, c’était complémentaire.


Le format a connu un grand succès populaire.

C’est vrai. Il faut se souvenir qu’à l’époque, on n’avait pas 200 chaînes. Il y avait l’INR, l’ancêtre de la RTB, et l’équivalent flamand. Forcément, ça aidait à rassembler les foules… mais le format plaisait aussi, c’était joyeux, accessible, bien rythmé. On m’en parle même sur Facebook.


Puis vient « Voulez-vous jouer ? », en co-animation avec Albert Deguelle. Une transition naturelle ?

On m’a proposé ce rendez-vous du dimanche soir, à une heure de grande écoute. Inutile de dire que j’ai sauté sur l’occasion. Mais je ne pouvais pas tout faire, entre la radio, le théâtre… et la télé avec « Feu Vert », il était temps de passer à autre chose.


Avec Albert, comment ça se passait ?

Disons que… à l’écran, tout allait bien. Derrière, c’était une autre histoire. L’ambiance en coulisses était assez tendue. Ce n’était ni un homme chaleureux, ni un présentateur !


Pourquoi avoir été associés, alors ?

À la base, je devais présenter seul. Mais au moment du pilote, on a réalisé que je courais dans tous les sens. Il fallait me trouver un partenaire. J’ai proposé Marion, une amie avec qui je m’entendais à merveille. Mais la production a refusé, jugeant que c’était trop tard. Ils ont préféré prendre quelqu’un qui connaissait déjà le programme : Albert Deguelle, qui avait réalisé le pilote. Voilà comment il s’est retrouvé à l’écran.


La télévision balbutiait quand vous y faisiez vos premiers pas. Que gardez-vous de cette époque ?

L’esprit d’équipe. C’était artisanal, mais sincère. On travaillait au studio 5, à Flagey. Tout était centralisé : les speakerines, les infos, les émissions jeunesse, même les ballets ! C’était petit, mais vivant. Et puis j’avais une vraie complicité avec les techniciens. On se voyait en dehors du boulot, je dînais chez eux… c’était une époque où on se serrait la main sans badge ni mot de passe.


Votre voix est aussi très connue. Vous avez notamment incarné Tintin. Une évidence ?

Une heureuse surprise, surtout. L’enregistrement s’est fait à Paris. Hergé était là toute la semaine. On a passé pas mal de temps ensemble, et je garde le souvenir d’un homme discret, timide, mais d’une grande gentillesse.


Comment avez-vous été choisi ?

C’est Greg, le dessinateur, qui m’a repéré. Un jour, il était dans notre studio, il m’a entendu parler et a lancé : « C’est cette voix qu’il faut ! » Il m’a fait enregistrer quelques phrases, qu’il a envoyées au réalisateur. Et hop, me voilà dans la peau du célèbre reporter.


En 1995, vous faites un retour surprise avec Sam Touzani dans « L’Énigme du Cristal ».

L’idée était belle, une aventure intergénérationnelle, autour de Tintin, encore lui (Rires), tournée à Walibi. Sam se baladait dans le parc avec les enfants, moi je posais les questions derrière un pupitre, et Jean-Michel Briou apportait le contexte historique. Sur le papier, tout y était. Mais la mayonnaise n’a pas pris. Pourquoi ? Aucune idée. Mystère. Et déception.


Quel est votre plus beau souvenir de carrière ?

Ce n’est pas à la télé, mais à la radio. Ma rencontre avec Juliette Gréco. J’étais tout jeune, j’avais décroché une interview à l’Hôtel Amigo à Bruxelles. Je débarque avec mon magnétophone gros comme un frigo, et on m’annonce : « Mme Gréco est au lit, elle vous attend ». Ambiance. Je rentre. Elle est là, en chemise de nuit noire, maquillage de scène, faux cils, tout. Elle me dit : « Asseyez-vous ici, mon petit ». Sur le lit. On a enregistré l’émission comme ça. Et à la fin, elle m’a donné son numéro privé. La classe.


Aujourd’hui, vous vivez en Thaïlande. Un vrai changement !

Et quel bonheur ! Les habitants sont adorables, toujours souriants. Rien à voir avec Bruxelles, où l’on vous ignore. Ici, tout est simple, fluide et bienveillant. La cuisine est un rêve, parfumée, légère et variée. Je crois que c’est le seul pays au monde d’où l’on peut revenir de vacances sans avoir pris un gramme.

Fabrice STAAL

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