25 septembre 2025
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Hervé Meillon : « Je n’ai pas la prétention d’avoir dépoussiéré la télé »

© RTL
Il a fait ses armes aux débuts de RTL tvi, produisant des éclats de rire dans les salons. Loin des projecteurs mais pas du micro, l’animateur amuse désormais ceux qui l’écoutent… en pantoufles.
Avant tout, vous êtes un homme de radio. Vos débuts se sont faits sur FM Namur, RFM en Belgique. Quels souvenirs gardez-vous de ces premières expériences derrière le micro ?
J’ai débuté un été sur Radio Andorre aux côtés de Lucky Blondo, puis animé des séquences pour la matinale de la RTB Namur. Après un passage par les radios libres et la création d’un resto-spectacle dans la capitale wallonne, j’ai cofondé FM Namur avec Philippe Baron, devenu vite populaire. Le groupe Rossel nous a ensuite confié la direction de RFM. Une expérience qui m’a permis de croiser de nombreux talents du métier… avant que RTL ne fasse appel à moi.
Vous avez rejoint RTL tvi en 1988 pour présenter la météo, une aventure finalement brève. Pourquoi ?
L’aventure météo a duré trois saisons avec le regretté Marc Posno aux commandes le week-end. En parallèle, je menais mon émission d’interviews sur RFM. À la fin de cette étape, Jean-Charles de Keyser et Jean-Paul Delcominette, alors à la tête de la chaîne, m’ont confié un nouveau défi : animer des émissions en deuxième partie de soirée. Une première en Belgique, ouvrant la voie à des formats innovants et à un nouveau public.
On l’oublie parfois, mais vous avez été l’une des toutes premières voix de Bel RTL en 1991. Que retenez-vous de cette période fondatrice ?
Avec Pierre Joye et Alain Simons, j’ai participé au lancement de la station, concrétisant un vieux rêve de radio nationale généraliste en Belgique. Le succès a été rapide grâce à la complicité des équipes télé et radio. Entre télévision et micro, je vivais à Namur avec une famille qui venait de s’agrandir. Plus tard, Francis Goffin a pris les commandes et appliqué la recette qui avait fait le succès de RFM, en intégrant des personnes talentueuses à Bel RTL.
Comment percevez-vous l’évolution de cette radio plus de 30 ans plus tard ?
L’arrivée du Net a changé les habitudes d’écoute et les radios musicales ont pris l’avantage en Belgique. Une généraliste doit rester une confidente et miser sur ses voix. France Inter prouve qu’une radio parlée peut encore dominer. Podcasts et replays offrent aussi de nouvelles perspectives.
Avec des émissions comme « Balle au centre », « Entre nous » ou « C’est bon pour une X », vous vous êtes imposé comme un visage phare de la chaîne. Quelle était votre vision de ces talk-shows à l’époque ?
Ma liberté de ton et ma façon de concevoir ces programmes ont rapidement séduit les soirées de RTL tvi. En direct et en public, le mélange d’experts et de téléspectateurs sur le plateau a remplacé les séries américaines et changé les habitudes. J’ai adoré présenter et produire « Balle au centre » avec Bérénice, où 12 invités, connus ou non, débattaient autour de thèmes variés. En deux saisons et 100 émissions, nous avons accueilli 800 invités pour 200 sujets, mêlant rires, émotions et surprises.
Ces programmes ont parfois suscité des réactions vives dans la presse, notamment en lien avec certains invités…
Certains journaux ont critiqué mes émissions, mais d’autres ont compris que nous entrions dans l’ère des talk-shows à la Dechavanne ou Ardisson. TVI avait le sens de l’air du temps et le slogan « RTL, c’est vous » en était la preuve. On disait même, avec humour, que la RTBF était l’épouse du téléspectateur et RTL sa maîtresse (Rires).
Dans les années 90, vous avez profondément dépoussiéré la télévision belge. On pourrait vous comparer à « Cyril Hanouna avant l’heure ». Non ?
La comparaison me paraît difficile, car je privilégie le respect de mes invités et collaborateurs. Les réseaux sociaux influencent aujourd’hui les modes et les opinions, ce qui complique parfois le débat. Je n’ai pas la prétention d’avoir dépoussiéré la télévision, RTL tvi et RTL Télévision avaient déjà ouvert la voie face au monopole de la RTB. Avec ma culture modeste et mon esprit venu des radios privées, j’ai simplement apporté une autre façon de rendre possible ce qui semblait impossible.
Après les débats, vous lancez « Y’en aura pour tout le monde ». Quel regard portez-vous sur ce succès ?
Chaque lundi à 20h10, près de 400 000 téléspectateurs retrouvaient l’émission, d’abord bimensuelle puis hebdomadaire. Sur le plateau, une « rédaction » haute en couleurs et tous les styles d’humour, avec pour signature un tonneau tournant que les invités devaient traverser pour entrer. Aux humoristes belges s’ajoutaient des Français et toutes les stars du moment. J’ai créé plusieurs personnages, dont Les Laids, Bossenole, Coppeman et surtout Albert Cougnet, incarné par Alain Soreil, dont le fameux « Allô Hervéééé » est devenu culte. J’ai ensuite animé ou produit d’autres émissions d’humour comme « Ça rira », « Les Boute en train » et « J’en ris encore », qui révéla notamment Mike.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter RTL ?
Nous nous sommes séparés d’un commun accord, même si l’initiative venait surtout d’eux. Philippe Delusinne, patron de la chaîne, m’avait promis de me reprendre comme indépendant, mais cela n’a jamais abouti. À cette époque, RTL tvi s’est séparée de nombreux collaborateurs, dont Eddy de Wilde, fondateur de la chaîne, qui a rejoint Canal + Belgique et m’a permis de réaliser l’émission politique « Nom de nom ».
Vous avez aussi publié « Mes années RTL, l’odieux visuel ». Pourquoi ce titre si ironique ?
Ce livre, réalisé avec le dessinateur Dubus, s’est vendu à plus de 8 000 exemplaires. Derrière son titre en forme de jeu de mots, il ne cherche pas la revanche mais dresse, avec humour, un état des lieux de ma réalité de l’époque, ponctué d’anecdotes et de mises au point. Sorti deux ans après ma séparation avec la chaîne, il reste disponible sur mon site.
Il y a eu aussi l’aventure théâtrale…
J’ai monté trois pièces comiques jouées en Wallonie et à Bruxelles, avec le savoir-faire de Varvara Dewez. « Droits de succession » a tenu l’affiche deux mois avant la tournée, suivie de « 1.2.3 Nana » (Le clan des divorcées en France) et « Je meurs si je veux » avec Albert Cougnet, Mike et Jean-Paul Andret. Le public a toujours été au rendez-vous. Je cultive actuellement cette passion au festival d’Avignon parmi ses 2 000 spectacles.
On vous retrouve sur les ondes de VivaCité. Où en êtes-vous dans votre parcours professionnel ?
Je suis revenu à Bel RTL pour des billets lors de la matinale et pour relancer mon émission d’interviews sous une autre forme. Depuis plusieurs étés, je suis sur Vivacité, avec des podcasts Auvio créés avec Claudio Bolzonello, comme « Les Joyeuses Plaques », « 50 histoires sur les comédies musicales à la française » ou « Attention Taulards ».
Vous vivez une période de santé compliquée. Sans entrer dans les détails, comment allez-vous ?
J’ai traversé une année difficile avec la découverte d’une petite tumeur au bas du pancréas, heureusement opérable. L’intervention et la chimiothérapie ont été éprouvantes, me laissant affaibli et transformé physiquement. Aujourd’hui en rémission selon mon oncologue, je poursuis des contrôles réguliers. L’espoir et les projets restent essentiels, même si la peur et l’émotion ne sont jamais loin.
Pour celles et ceux qui vivent une épreuve similaire, avez-vous un message, un conseil ou un mot d’encouragement à leur transmettre ?
On peut rester heureux malgré tout. Savoir aimer et être aimé est, à mes yeux, le secret le plus précieux et le plus libérateur.
Fabrice STAAL
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