18 juillet 2025
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Charlotte Gaccio : « Ma mère est mon exemple absolu »

© Michael Augusto/Capa/TF1
Comédienne touche-à-tout et infatigable du petit écran, elle collectionne les rôles marquants sans jamais se répéter. De TF1 à France 3, elle est partout… et ce n’est pas fini !
Vous multipliez les personnages à la télévision. Qu’est-ce qui vous nourrit dans cette hyperactivité ?
Ce qui m’inspire, c’est la diversité. Celle des rôles, des émotions à explorer, mais aussi des rencontres humaines. Chaque tournage est un nouvel univers, peuplé de visages inconnus, d’histoires à incarner, et c’est à chaque fois une aventure profondément stimulante.
Et votre équilibre personnel ?
Je me suis peu à peu habituée à poser une frontière entre le plateau et la vie réelle. Une fois la scène terminée, il est essentiel de laisser le personnage derrière soi, même si ce n’est pas toujours simple. Il y a des tournages particulièrement intenses laissent une empreinte émotionnelle, comme récemment sur « Demain nous appartient », où certaines scènes m’ont profondément remuée. Il faut un vrai moment pour redescendre, se recentrer Heureusement, ma vie de famille m’offre un ancrage immédiat. Mes enfants, avec leurs réveils nocturnes et leurs câlins inattendus, me ramènent sur terre sans détour. Ce sont eux, en réalité, qui m’aident à garder les pieds bien ancrés dans le quotidien, loin des tourments fictifs de mes rôles.
Justement, comprennent-ils votre métier ?
Ils ont sept ans, et commencent à entrevoir ce que cela signifie quand on dit que « maman passe à la télé ». Ils m’ont accompagnée sur quelques tournages — parfois parce que je n’avais pas le choix, parfois simplement parce qu’ils étaient curieux de découvrir cet univers un peu flou pour eux. C’est important à mes yeux qu’ils puissent mettre des images concrètes sur mon métier, qu’ils comprennent que derrière l’écran, il y a aussi beaucoup de travail, d’attente, d’humain. Cela dit, à la maison, on parle peu de tout ça. Je ne suis pas « l’actrice » à leurs yeux, encore moins un personnage qu’ils auraient vu à l’écran. Je suis simplement leur mère, celle qui prépare les tartines, console les chagrins et lit des histoires le soir. Et c’est très bien comme ça.
On vous associe à des personnages très humains. Est-ce une image qu’on projette sur vous ?
Je crois que certaines trajectoires naissent d’un subtil mélange de hasard et de tempérament. Moi, j’ai cette curiosité presque insatiable pour les rôles, cette envie de tout explorer, de tout incarner. Mais comme beaucoup, je porte avec moi une énergie, une présence — un « visage » aussi — qui influencent naturellement les castings. Cela peut parfois enfermer, mais j’ai la chance d’avoir croisé des réalisateurs assez audacieux pour me proposer des contre-emplois, des partitions inattendues. Ces occasions-là, je les savoure d’autant plus. Elles me rappellent que rien n’est figé, qu’on peut surprendre… même ceux qui pensent vous connaître.
Votre méthode de jeu change-t-elle selon le genre – comédie, drame, polar ?
Je ne pars jamais d’une méthode rigide ou d’une stratégie précise. Mon point de départ, c’est l’attachement au rôle. J’ai eu un professeur qui répétait : « Il faut aimer ses personnages, même les plus antipathiques ». Et c’est resté. J’essaie de trouver le lien, la faille, l’émotion qui me connecte à eux. Dans « Sam », par exemple, le rôle que j’interprétais était à mille lieues de ma personnalité : une femme très effacée, timide, presque recluse. Il m’a fallu du temps pour l’écouter, la comprendre, l’apprivoiser. Et c’est souvent là que réside la beauté du métier. Dans cette rencontre lente et intime avec un être de fiction, qui finit par vous accompagner bien plus longtemps qu’on ne l’imagine.
Comment gérez-vous votre vie de femme, de mère et d’actrice ?
Ce n’est pas inné. L’organisation n’a jamais été mon point fort… jusqu’à l’arrivée de mes jumeaux, qui m’ont appris — disons, un peu brutalement — à structurer mes journées. À cela s’ajoute un métier qui, à mesure qu’il m’offre de beaux projets, exige aussi de la discipline. Jongler entre les rôles, les horaires, les tournages et la vie de famille demande une rigueur que j’ai dû apprivoiser au fil du temps. C’est un équilibre en mouvement, un apprentissage permanent — parfois chaotique, mais formateur.
Vous avez grandi dans une famille d’artistes. Quel regard portez-vous sur cet héritage ?
C’est un héritage qui me touche profondément, à la fois stimulant et chargé de sens. Mon grand-père, le professeur Choron, a incarné une forme de liberté d’expression sans concession, un humour corrosif, pionnier. Mon père, Bruno Gaccio, a poursuivi cette veine satirique avec talent, que ce soit à travers « Les Guignols de l’info » ou ses écrits, engagés et lucides. Et puis il y a ma mère, Michèle Bernier. Une femme forte, inspirante, qui a su mener de front une belle carrière artistique et son rôle de maman avec une énergie qui force le respect. Elle est mon modèle. Infatigable, présente, solide comme un roc dans le tumulte. C’est un héritage très riche.
Vous aimez les séries où il y a régulièrement un défunt dans les cinq premières minutes… Vous cherchez la paix ou juste un bon scénario ?
C’est vrai qu’on pourrait en rire… Le polar, c’est un peu la recette miracle du moment. On entend souvent dire : « encore un meurtre, encore une enquête ! », mais les gens continuent à en redemander. Dans « Demain nous appartient », on y frôle le tueur en série tous les quinze jours — et finalement, c’est ce rythme, cette tension permanente, qui font partie du plaisir. Ensuite, il y a « Astrid & Raphaëlle », un projet vraiment singulier, avec un ton à part. J’y suis très attachée, et sincèrement honorée d’y contribuer. Quand le genre est bien écrit et bien porté, il continue de surprendre — et de rassembler.
Si vous pouviez vous adresser à la Charlotte de ses débuts, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais : « Tu vas être surprise… et ça va bien se passer ».
Maxime GUÉNY
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Journaliste, réalisatrice et productrice, elle a marqué la télévision par des formats audacieux en prise avec les évolutions de la société. Ce parcours a conduit le Festival de Télévision de Monte-Carlo à la nommer présidente du jury documentaire en juin dernier.





