29 novembre 2025
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Aaricia Lemaire : « Mon accent belge fait partie de moi »

© CAROLINE PERRIER / TF1
Depuis août 2023, elle fait passer les téléspectateurs de TF1 et de la RTBF du rire aux larmes. Quand le clap de fin retentit, la namuroise quitte les dialogues de fiction pour se confier avec simplicité à Zenior.
Vous êtes l’interprète de Carla Furiani dans « Ici tout commence ». Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce rôle ?
Ce qui m’a frappée dès l’audition, c’est son tempérament. Elle aborde les autres avec une aisance qui tranchait avec ma timidité. Dans mes premières scènes avec Bérénice (incarnée par la comédienne Bérénice Tannenberg), je la trouvais à la fois effrontée et impressionnante, ce qui rendait le rôle très stimulant. J’aimais aussi l’idée d’un personnage haut en couleur, avec un vrai sens du style. Pour le casting, on devait proposer des tenues originales. Je revenais de vacances en Italie avec ma maman, et nous avions pris plaisir à dénicher un sac et des chaussures qui correspondaient à son côté extraverti. C’était une préparation ludique et une belle manière d’entrer dans sa peau.
La série se déroule dans une prestigieuse école culinaire. Aux fourneaux, êtes-vous à l’aise ou préférez-vous laisser les autres s’en charger ?
Je n’ai pas l’expérience de Carla, mais j’aime cuisiner, surtout avec ma mère. On n’utilise pas de recettes précises, on improvise selon l’envie du moment. C’est plus libre et convivial. Quand je reçois, j’aime me lancer des défis, apprendre et tester de nouvelles choses. En revanche, quand je suis seule, je commande volontiers. (Rires)
Les scènes semblent très techniques. Avez-vous reçu une formation particulière ?
À notre arrivée, nous avons eu des coachings, et cela continue selon les intrigues. Dès qu’une scène demande des gestes plus pointus, une équipe culinaire est là pour nous guider. Quand une action est trop complexe, il existe des doublures ou des astuces de mise en scène. Je ne peux pas me prétendre cheffe, mais j’ai appris à donner le change pour les gestes simples. Le reste, ce sont les experts qui s’en chargent.
Les plats que l’on voit à l’écran sont-ils vraiment dégustés ?
Quand il faut goûter, on le fait, même si ce n’est pas forcément ce que le scénario prévoit. Les recettes sont souvent adaptées pour tenir plusieurs heures sous les projecteurs. Certaines préparations ne sont pas comestibles et peuvent être réutilisées plusieurs jours. On nous précise ce qui peut être mangé et ce qui doit simplement faire illusion. C’est une règle essentielle pour les gourmands du plateau.
En tant que Belge, avez-vous déjà partagé quelques spécialités avec vos camarades ?
Oui, je leur ai déjà concocté un vol-au-vent qu’ils ne connaissaient pas. J’ai souvent parlé des frites à la belge et de la façon dont elles doivent être faites. Je reconnais que les frites françaises me laissent perplexe, sans graisse de bœuf ni double cuisson. J’aime évoquer nos plats typiques et embarquer mes collègues dans quelques découvertes. Un jour, j’aimerais les emmener en Belgique pour leur faire goûter notre gastronomie, qui me tient à cœur.
Votre accent vous joue-t-il encore des tours sur le tournage ?
Après plus de sept ans en France, il s’est atténué, mais il revient parfois quand je baisse la garde. Avec lui, quelques belgicismes. Sur le plateau, on a eu de longues discussions sur la prononciation de certains mots, comme « sourcil » ou « sourcile ». Et puis il y a le fameux huit « wit », que Carla a dû répéter un nombre incalculable de fois. Je n’arrive pas à m’en débarrasser, ce qui provoque de bons fous rires. Mon accent fait partie de moi, il surgit encore de temps en temps.
Le rythme d’une série quotidienne est exigeant. Comment gérez-vous cette cadence ?
C’est très soutenu. Les intrigues s’entrecroisent, plusieurs personnages sont mis en avant en même temps. Il y a des périodes de tournage intenses, puis d’autres plus calmes. Je compare ça à un accordéon qui se resserre et se déploie. Il faut anticiper pour suivre le rythme, et la préparation en amont est indispensable. Heureusement, la solidarité entre nous est réelle. On s’entraide, et les équipes connaissent nos contraintes. Quand on porte une intrigue principale, cela demande une vraie gymnastique mentale, car les scènes ne sont pas tournées dans l’ordre. Il faut garder la continuité du personnage en tête, rester concentré et organisé.
Votre personnage a traversé des intrigues fortes comme la fausse couche ou la découverte de ses parents biologiques. Quelle a été l’expérience la plus difficile à jouer ?
La fausse couche. C’était l’un des premiers grands événements pour Carla, et il a été particulièrement marquant. Le défi était à la fois émotionnel et physique. Je portais des prothèses, je devais modifier ma démarche, incarner une transformation complète. Par moments, j’avais l’impression d’avoir réellement perdu quelqu’un. Et puis, du jour au lendemain, on m’enlevait le faux ventre et il fallait tourner la page. C’était singulier et bouleversant. Heureusement, j’ai été guidée par Gaëtan Bevernaege, un réalisateur belge dont j’apprécie énormément la sensibilité. Grâce à sa direction, j’ai pu aborder cette intrigue avec justesse et profondeur. J’ai été très heureuse du résultat et de ce que nous avons pu transmettre à l’écran.
Le couple Carla et Bérénice a touché un large public. Aviez-vous anticipé un tel engouement ?
Pas du tout. Nous étions concentrées sur nos scènes et nous ne mesurions pas ce que cela allait provoquer. On espérait que cette histoire plairait, mais nous n’avions pas imaginé recevoir autant de messages venus du monde entier, du Brésil ou d’Amérique du Sud notamment. Cette vague d’amour nous a surprises, puis remplies de joie. Dépasser les frontières avec une intrigue aussi positive, c’est une chance unique.
Vous partagez l’écran avec Vanessa Demouy, qui incarne votre maman de fiction. Comment ce lien s’est-il construit ?
Il fallait inventer de toutes pièces une relation mère-fille entre deux personnes qui ne se connaissaient pas. Comment créer ce lien entre une jeune femme de 18 ans et une maman qui pensait ne jamais avoir eu d’enfant ? Nous avons pu le construire progressivement, sans précipitation. Les textes respectaient un rythme naturel. Le premier « je t’aime » ou le premier câlin n’est pas arrivé tout de suite, tout s’est installé au fil du temps. Nous sommes très heureuses de cette évolution.
Votre vraie maman est-elle fan de Carla ?
Oui, elle adore. Elle connaît mes mimiques et repère ce qui vient de moi, mais elle s’amuse encore plus quand elle ne me reconnaît pas du tout. C’est la preuve que le personnage existe pleinement. Elle est attentive à ces détails et s’amuse des similitudes et des différences.
Vous parlez plusieurs langues. Souhaitez-vous développer une carrière à l’international ?
Je voudrais d’abord travailler en Belgique, car je n’ai pas encore eu beaucoup d’occasions de le faire. Jouer en anglais me tente aussi. J’ai déjà eu cette expérience au théâtre, mais devant la caméra ce serait un autre défi. Je n’ai pas envie de me limiter. Continuer la télévision, explorer le cinéma et pourquoi pas tenter l’aventure internationale, ce serait une formidable étape. Tout dépendra des perspectives.
Vous venez de Flawinne. Que représente la capitale wallonne pour vous ?
Namur reste mon point d’ancrage. C’est là que je retrouve mes souvenirs d’enfance et d’adolescence. J’y retourne dès que je peux, retrouver ma famille et me ressourcer. C’est mon foyer, mon repère, l’endroit où je me sens le plus à ma place.
Fabrice STAAL
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Journaliste, réalisatrice et productrice, elle a marqué la télévision par des formats audacieux en prise avec les évolutions de la société. Ce parcours a conduit le Festival de Télévision de Monte-Carlo à la nommer présidente du jury documentaire en juin dernier.





