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28 février 2026

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Julien Clerc : « La musique me nourrit au quotidien »

© 00536679/Bestimage/PhotoNews

Alors que son opus « Une vie », réalisé par Benjamin Biolay, est toujours disponible, le chanteur s’apprête à entamer une tournée qui s’étendra jusqu’en 2027.

Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur votre créativité.

La musique me nourrit au quotidien. À 78 ans, j’ai la chance d’être encore créatif, d’écrire des chansons diffusées à la radio et de continuer à me produire sur scène. Les remises en question font partie de mon fonctionnement. Quand je me mets derrière un piano, je me demande si je suis encore capable de composer des mélodies intéressantes. Je m’étonne moi-même. Tous les artistes que j’admirais quand j’étais jeune ont construit leur carrière dans la durée, comme Bob Dylan ou Paul McCartney. Dans la chanson française, Aznavour, Brel et Brassens ont eux aussi connu une belle longévité. Quand je suis arrivé dans le milieu, mon objectif était d’avoir une carrière aussi longue que la leur. J’y suis parvenu et j’en suis fier.


Quel impact Benjamin Biolay a-t-il eu dans la création de votre dernier album ?

Nous avons enregistré beaucoup de chansons, dont certains morceaux qui arriveront plus tard et que Benjamin a écrits en une nuit. Il a sa personnalité, sa sensibilité et sa manière de travailler. Il est rare qu’un artiste soit capable de produire un autre artiste. Moi, j’en serais incapable. Benjamin Biolay a ce savoir-faire qu’il a affiné avec le temps. Il m’a toujours compris. Nous avions déjà collaboré sur un album ensemble il y a 17 ans. Mon fils était encore dans le ventre de sa maman lorsque nous avons créé ce disque. Depuis, Benjamin a beaucoup évolué. Il conserve cette fraîcheur qui le caractérise. J’ai beaucoup aimé son dernier album. Il reflète pleinement sa créativité.

 

Comment le piano s’est-il imposé à vous ?

On m’a fait faire du piano classique dès l’âge de 6 ans. Je ne suis pas un grand pianiste, mais cela m’a servi pour écrire depuis cinquante ans. J’ai un rapport singulier au clavier. Je suis incapable de lire une partition et de jouer les chansons des autres. En revanche, il m’arrive de faire des suites harmoniques peu communes et des accords complexes. Je joue du piano de manière instinctive.

 

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

Il existe souvent un décalage entre ce que l’on imagine et ce que l’on était réellement. Quand on connaît mon histoire, notamment le fait que mes parents étaient séparés, on pourrait penser que j’étais un enfant rêveur et tristounet. Pourtant, mes frères et sœurs diraient l’inverse. Selon eux, j’étais bavard et pétillant. Être l’aîné d’une famille nombreuse m’a rendu entreprenant, mais le fait de ne voir ma mère que le week-end nourrissait sans doute une forme de nostalgie. À la fin de l’adolescence, je ne savais pas très bien ce que j’allais faire de ma vie. Cette incertitude a installé une inquiétude durable, jusqu’au jour où j’ai décidé de me lancer dans la musique.

 

Est-ce difficile d’être l’aîné d’une famille recomposée ?

Non, car j’ai mené une sorte de double vie. Comme j’avais été confié à mon père, mes frères et sœurs me voyaient disparaître chaque vendredi pour aller chez ma mère, où je redevenais enfant unique. Ma mère, qui était une jolie jeune femme, est restée seule longtemps, et cela n’a pas dû être simple à vivre. De l’autre côté, il y avait un couple installé avec mes frères et sœurs. Cette alternance a profondément forgé ma personnalité.


Ce schéma familial a-t-il influencé votre vision de l’amour.

(Silence) Il est vrai que ce que j’ai vécu, je l’ai fait vivre à mes enfants. C’était une époque permissive, et ceux qui l’ont connue le savent. Avoir 20 ans en 68 était une expérience singulière. C’était une période débridée, où l’on vivait l’amour de façon libre. Je suis quelqu’un de mobile dans ma vie. Je ne connais pas beaucoup de personnes qui ont autant déménagé que moi. Je vis aujourd’hui avec une femme plus jeune que moi, qui me secoue quand il le faut. Je ne suis pas nostalgique, je suis quelqu’un qui avance.

 

Votre tournée s’étendra jusqu’en 2027. Qu’est-ce qui vous maintient en forme ?

La joie de chanter. J’ai compris depuis longtemps qu’il est essentiel de travailler sa voix pour être performant sur scène et elle a aujourd’hui encore plus de valeur pour moi. J’aborde cette tournée avec davantage de passion. La scène ne m’a jamais terrifié. J’ai un côté soldat. Quand il faut y aller, il faut y aller. J’ai la chance d’avoir un bon répertoire, même si je n’ai écrit les paroles. Je tiens à ne pas changer la tonalité des titres que le public attend. Quand on vient applaudir un artiste, c’est avant tout pour un rendez-vous avec sa propre vie. Tout au long de ma carrière, mon défi a été de proposer de nouvelles chansons capables de s’insérer naturellement parmi les classiques. Je pense y être parvenu.

 

Quel genre de grand-père êtes-vous ?

Je ne suis pas un papy exemplaire, car je suis encore avant tout un père. Certains de mes amis sont gagas de leurs petits-enfants. Moi, pas du tout. Mon grand-père a beaucoup compté pour moi, et j’aurais aimé lui ressembler. Mais comme je suis en contact quotidien avec mon fils de 17 ans, c’est surtout lui que j’ai vu grandir. Mes enfants ont beaucoup de respect pour mon parcours et pour ma musique. Les plus âgés connaissaient mieux ma discographie, mais le dernier a aussi beaucoup de goût. Il mélange les styles dans sa playlist, et j’y vois une part de mon éducation. Cela me touche.

 

Gardez-vous un bon souvenir de votre participation à « The Voice » ?

Je ne regrette pas de l’avoir fait, mais je ne pense pas avoir été le coach idéal. Je suis trop pur et dur pour ce format. Et puis, c’est aussi de la télé-réalité. Cela m’a amusé, j’ai découvert beaucoup de choses, mais j’avais l’impression d’avoir tout dit après une seule saison. La radio, en revanche, m’a beaucoup plu sur Nostalgie. J’étais seul aux manettes et je faisais ma propre programmation à partir d’un thème. On m’a proposé de continuer, contrairement à « The Voice », mais j’avais le sentiment d’avoir déjà tout raconté. Heureusement, cette lassitude ne s’impose jamais dans mon métier.

Rino GALLO

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