15 octobre 2025
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Jean-Francois Michaël : « La musique est dans ma vie depuis l’enfance »

© DR
Il a fait tourner les têtes dans les sixties, il revient désormais pour faire battre les cœurs. Direction Bruxelles, où l’icône retrouve la scène… en version feutrée, mais vibrante.
Vous avez débuté en tant qu’Yves Roze entre 1963 et 1968. Qu’est-ce qui vous a poussé à adopter le pseudonyme Jean-François Michaël ?
À l’époque, j’étais directeur artistique chez Barclay et je m’occupais notamment de Michel Delpech. Quand on m’a proposé d’interpréter « Adieu jolie Candy », le morceau devait sortir chez un autre label. Pour éviter toute confusion ou conflit d'intérêt, il a fallu me cacher un peu. Le pseudonyme était une manière simple de chanter sans que cela interfère avec mes responsabilités professionnelles. C’est ainsi qu’est née cette nouvelle identité.
« Adieu jolie Candy », écrit par Michel Berger, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Quand avez-vous pris conscience de l’ampleur du phénomène ?
Je crois que le déclic est venu quand les ventes se sont envolées et que le public a commencé à chanter avec moi. Sur le moment, on fait son métier, on enregistre une chanson sans penser qu’elle traversera les décennies. Aujourd’hui, les gens m’en parlent avec beaucoup de tendresse, ça me touche. Je l’ai chantée en plusieurs langues, elle a circulé dans près de soixante pays. Un jour, alors que j’accompagnais la princesse Stéphanie à l’hôtel Reagan, aux États-Unis, j’ai entendu un pianiste jouer « Adieu jolie Candy » sans savoir que j’étais là. C’est le genre d’instant qui laisse sans voix. Cette mélodie a mené son propre parcours.
Il existe plusieurs versions de ce morceau. Laquelle vous émeut le plus ?
La version française, bien entendu. C’est celle qui me ressemble. Mais je garde une affection particulière pour l’italienne, « Fiori bianchi per te ». Elle avait été écrite par l’un des plus grands paroliers italiens. Le texte était d’une beauté rare, très poétique.
En 1975, vous reprenez le chemin de la production. Qu’est-ce qui vous a guidé ?
La musique est dans ma vie depuis l’enfance. Vers 9 ans, j’avais déjà ce désir profond d’en faire mon métier. Je voulais chanter, jouer, enregistrer, comprendre les sons, les façonner. La scène me fascinait, mais l’ombre des studios aussi. J’ai toujours su que je ne voulais rien faire d’autre. C’est une vocation qui ne m’a jamais quitté.
Vous êtes aussi à l’origine du tube « Ouragan » pour la princesse Stéphanie de Monaco. Elle s’attendait à un tel retentissement ?
Pas le moins du monde. Au départ, c’était simplement une belle rencontre. En entendant la chanson, j’ai immédiatement pensé qu’elle était faite pour elle. Elle n’avait pas spécialement envie de chanter à ce moment-là. On s’est vus, on a beaucoup échangé, et le projet a grandi, avec ma femme Cécile à nos côtés. On ne visait pas un succès mondial. On pensait juste que le titre pourrait faire un peu de bruit grâce à son nom. Mais il a dépassé toutes les attentes, en français comme en anglais. Je crois que cette mélodie lui allait parfaitement, parce qu’elle racontait quelque chose de vrai.
Quel regard portez-vous sur la scène musicale d’aujourd’hui ?
Je suis très attentif à ce qui se fait actuellement. J’adore une partie du rap, la scène belge, les jeunes qui arrivent avec une vraie identité. Pierre de Maere, entre autres, fait partie de ceux qui m’épatent. Il y a de la créativité, de la sincérité. Je ne trouve pas que notre époque était plus inspirée. Les enjeux sont les mêmes, la passion aussi. Ce qui change, c’est l’état d’esprit. Les artistes sont plus solidaires. Ils s’épaulent, ils avancent ensemble. C’est très beau.
Vous serez en concert à Bruxelles le 8 octobre au Mot Passant. Que souhaitez-vous partager avec les spectateurs ?
De la sincérité. Je chanterai une heure, mais surtout, je raconterai un parcours. Mon chemin a été marqué par des voyages, des rencontres, des périodes fortes. Ce ne sera pas juste un récital, mais un véritable échange. Le public pourra poser des questions, réagir. C’est un rendez-vous humain avant tout.
Vous évoquez souvent vos liens avec la Belgique…
J’ai vécu longtemps à Bruxelles, à Woluwe-Saint-Pierre puis à Uccle. J’y ai lié de belles amitiés. Annie Cordy, Claude Barzotti… Ce sont des gens que j’ai aimés. Avec Annie, j’ai été présent jusqu’à la fin. Claude, je l’emmenais moi-même en voiture à certains concerts. Sa disparition m’a bouleversé.
Quel message adresseriez-vous à un jeune artiste qui souhaite se lancer dans l’aventure ?
De croire, de rêver, de ne jamais baisser les bras. C’est une période pleine de possibilités, mais aussi d’interrogations. Les réseaux, les mutations technologiques, l’intelligence artificielle… Tout va vite. Moi, à 78 ans, je continue à apprendre, à m’adapter. Je suis de cette génération qui a vu le monde changer. Rester curieux, c’est aussi une façon de rester vivant.
Fabrice STAAL
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