11 août 2025
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Chantal Goya : « Au départ, je ne voulais pas être chanteuse »

© Picot/Stills/Gamma/Photonews
Bécassine, Guignol, Pandi-Panda… Ils n’ont pas pris une ride, elle non plus (ou presque) ! Depuis 50 ans, elle fait chanter des générations d’enfants. Le 11 octobre, direction Forest National pour un retour sur scène haut en couleurs et en tendresse.
Comment expliquez-vous le succès de vos spectacles après toutes ces années ?
Devenue une véritable référence pour les familles, mes shows apportent un sentiment de réconfort. Chacun y retrouve un souvenir tendre, associé à une chanson ou un personnage. Certains enfants gardent même une photo de moi dans leur chambre. Ce lien affectif traverse les générations, transmis par les parents et grands-parents qui fredonnent encore les refrains d’antan. Une fidélité qui me touche profondément. La scène reste une évidence, une nécessité tant que l’énergie est là. Les mélodies de Jean-Jacques traversent le temps, et les spectacles conservent leur identité sans suivre les tendances. C’est là toute la différence. Aucune envie de courir après la mode ou de me comparer. L’âge est avant tout un état d’esprit. Une hygiène de vie rigoureuse aide à préserver cet équilibre : pas d’alcool, un coucher à 22h, et une vie simple hors des projecteurs. Le week-end, retour sous les feux de la rampe. Le reste du temps, c’est à Saint-Germain-des-Prés que je puise mon énergie, dans l’effervescence d’un quartier où il se passe toujours quelque chose.
Pourtant, vous n’avez jamais eu pour ambition de vous produire sur scène…
Pour être honnête, je ne voulais pas du tout être chanteuse — et encore moins devenir célèbre. C’est un destin que je n’ai pas choisi, un univers que je ne connaissais pas et qui m’intimidait. Chanter me terrifie. Je ne comprends pas la musique. Je chante juste, oui, mais souvent en décalage avec la mélodie. Je viens d’une famille totalement étrangère à cet univers. Mes parents ne chantaient pas. Ma mère écoutait Jacqueline François, mais ça s’arrêtait là. Moi, ce qui me faisait rêver, c’était le journalisme.
Quand votre vie a-t-elle basculée ?
Lorsque j’ai croisé Daniel Filipacchi dans les studios d’Europe 1, je ne savais pas encore que ma vie allait prendre un virage. Ce grand patron de presse — et passionné de photo — me regarde, se tourne vers Jean-Jacques qu’il connaissait bien, et lâche : « Chantal est tellement photogénique. Il faut qu’elle fasse du théâtre, du cinéma ou de la chanson ! » À ce moment-là, mon rêve était clair : devenir grand reporter et parcourir le monde carnet en main. Quelques semaines plus tard, je chantais « C’est bien Bernard »... Un titre écrit par Jean-Jacques, à la demande de Daniel. J’avais accepté, juste pour lui faire plaisir. Mon vrai plan, c’était de lui demander une rubrique dans un journal, pas un micro sur scène ! Puis, contre toute attente, cela a cartonné. Tellement que je n’ai pas eu le choix, il a bien fallu continuer. J’ai appris le métier d’artiste sur le tard, mais je ne l’ai pas regretté. Franchement, c’est quand même inouï d’avoir une carrière aussi longue… quand on ne l’avait même pas prévue !
Il paraît que le public belge vous a grandement porté chance…
Après avoir enchaîné les représentations au Palais des Congrès, direction Forest National pour dix dates de plus. Près de 120 000 spectateurs sont venus nous voir. Mon producteur me disait souvent : « Si ça marche en Belgique, on ira partout en France ». Il ne s’est pas trompé. Le public belge a un vrai regard. Il connaît la scène, il sent tout de suite quand c’est beau, quand c’est sincère. À la suite de « La Planète merveilleuse », Hergé m’a appelée. Il m’avait vue sur scène et voulait que je devienne Tintin ! Il m’a dit, avec humour : « Tintin ne sera plus misogyne comme ça ! » C’est ce qui a inspiré Jean-Jacques pour écrire « Comme Tintin ». Ensuite, il y a les costumes. Je les garde tous. Ils dorment dans un grand hangar, à la campagne, pas loin de chez moi. Il y en a plus de 800, avec les décors d’époque. Ce sont mes trésors. Des bouts de souvenirs, de magie, que je ne veux pas perdre.
Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec votre mari ?
Tout a commencé à un mariage, en 1964. Je revenais tout juste des cours, j’ai déposé mes affaires dans le hall et je suis entrée dans la salle avec ma petite robe d’été. Autour de moi, tout le monde était tiré à quatre épingles. Jean-Jacques est arrivé avec Eddy Barclay. Ils sortaient d’un concert de Fats Domino au Palais des Sports. Ma copine, impressionnée, m’a soufflé qui il était. Moi, je ne le connaissais même pas. Il s’est installé au piano, a commencé à jouer… puis, tout à coup, il m’a regardée et s’est approché. Coup de foudre. Il m’a dit cette phrase que je n’oublierai jamais : « J’ai l’impression de vous connaître depuis toujours. On se mariera, vous aurez deux enfants, vous serez célèbre à 30 ans, et vous chanterez à l’opéra ».
Comment avez-vous réagi ?
Je l’ai pris pour un fou ! (Rires) Il venait à peine de me parler qu’il prédisait déjà mariage et célébrité… Alors j’ai réagi comme on le fait à 20 ans. Je lui ai donné un faux numéro pour éviter qu’il me rappelle. Mais avant ça, je lui ai quand même dit : « Il est minuit passé, je ne vais pas rentrer en métro… Si vous pouviez me raccompagner, ce serait gentil ». Un an plus tard, le hasard a frappé. Il a croisé mon frère dans la rue. Et voilà, on s’est retrouvés. Entre-temps, il avait même écrit une chanson pour moi « Nos doigts se sont croisés ». Une jolie prémonition. On s’est mariés en 1966, et la même année est né Jean-Paul. Clarisse est arrivée deux ans plus tard.
Comment construit-on un mariage qui dure des décennies ?
Jean-Jacques, c’est quarante hommes à lui tout seul. Impossible de s’ennuyer avec lui. On n’a rien en commun, et pourtant on s’aime très fort. On ne mange pas pareil, on ne dort même pas dans le même lit — j’ai horreur d’être collée à quelqu’un la nuit ! (Rires) Notre relation est unique. Il a ma confiance totale. Je le laisse créer en paix, et quand une chanson est prête, je suis là pour l’écouter.
Vous avez côtoyé les plus grandes stars de la chanson…
J’ai croisé tant d’artistes incroyables… Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Charles Trenet, Barbara — si à fleur de peau. J’avais une belle complicité avec Charles Aznavour. On faisait la même taille, et on était tous les deux Gémeaux ! Jacques Brel me touchait énormément. Il me confiait son trac, terrible à chaque représentation. Il fumait beaucoup, je lui disais d’arrêter. C’était un écorché vif, intense, bouleversant. Tous ces personnalités avaient en eux quelque chose de rare, de magnétique. Ils étaient passionnants… et humains.
Que peut-on vous souhaiter ?
Continuer à rendre les enfants et leurs familles heureux, bien sûr. Mais aussi profiter de ma maison à la campagne aussi longtemps que possible. J’adore tondre la pelouse, arracher les mauvaises herbes et cuisiner pour Jean-Jacques. Je conduis encore seule… même si, l’autre jour, j’ai eu un petit accrochage avec un troupeau de vaches. (Rires)
Rino GALLO
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