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5 mai 2026

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Dominique Wathelet : « Être à l’antenne, c’était s’exposer »

© Leroy/RTBF

Elle a fait ses armes à la télé à une époque où l’on parlait sans prompteur. Une voix familière, un regard franc, et cette élégance rare qui entrait dans les foyers avec naturel. Zenio l’a retrouvée à Bruxelles.

Vos débuts se font d’abord loin de la caméra, en coulisses. Comment ce parcours a-t-il débuté ?

Le véritable baptême arrive avec la série « Les Brigades du Tigre », dans sa première version. Mon rôle de script s’exerçait sur un tournage réunissant équipes françaises et belges. Deux épisodes étaient tournés à Libin en province de Luxembourg et à Bruxelles. En trois mois, l’apprentissage a dépassé celui de plusieurs années d’études.


Vous entrez ensuite à la RTBF…

Le passage s’est fait sans heurt. La collaboration avec André Romus, journaliste-producteur, s’articulait autour de programmes de 75 minutes, souvent politiques ou sociétaux. Après l’arrêt de ces formats, je suis revenue à Bruxelles, au journal télévisé, alors porté par Pierre Delrock. L’énergie des rédactions et la force du collectif donnaient tout leur sens à chaque sujet.


En 1980, vous devenez speakerine. Était-ce un objectif ?

Absolument pas. L’impulsion est venue des collègues journalistes. L’ampleur de la sélection, près de 750 candidat(e)s, m’a impressionnée. Le concours s’est déroulé sur quatre mois, rythmés par des étapes successives annoncées par télégramme, dans une attente fébrile. Une troisième place au classement, suivie d’un stage de six mois. Le premier candidat ayant échoué, l’appel est arrivé très vite. Il a fallu changer de registre, apprendre à écrire des textes pour être dits et non lus, apprivoiser la caméra et dominer le trac.


À l’époque, les speakerines incarnaient le visage d’une chaîne.

La fonction demandait une présence constante. La comparaison avec le métier de comédien allait de soi. Quoi qu’il arrive dans la vie personnelle, l’annonce devait rester impeccable. Les horaires tardifs, les week-ends et les imprévus faisaient partie du quotidien. Le direct imposait une rigueur sans concession, tout en apportant une joie intense, celle de tenir le fil jusqu’au bout. Plus anecdotique, à cette époque, il n’y avait que des speakerines blondes, à part Arlette Vincent. J’étais donc la seconde brune à faire son apparition à l’écran. Cela en a surpris plus d’un.


La relation avec le public devait également être très forte, non ?

Le contexte expliquait beaucoup. Peu de chaînes existaient, et les programmes entraient réellement dans les foyers. Courriers, appels, fleurs et messages accompagnaient ce rendez-vous régulier. Dans la rue, la reconnaissance était immédiate, jusque dans le choix des vêtements. Cette proximité touchait par sa sincérité et laissait des souvenirs tenaces.


Comment trouviez-vous le ton juste ?

Chaque texte s’adressait à un auditoire très large. Une question guidait l’écriture : serait-il compris par ma grand-mère comme par un enfant ? Si un doute subsistait, la reformulation s’imposait d’elle-même. Simplicité, précision et minutage strict permettaient de valoriser les programmes sans jamais se mettre en avant.


Avez-vous gardé le contact avec les autres speakerines, Sylvie, Danièle, Claudine… ?

J’avoue que non. Quand le métier s’est arrêté, nous nous sommes retrouvées dans des fonctions éparpillées en Wallonie. Sylvie était à Charleroi, Claudine a repris « Le Jardin extraordinaire ». Danièle est partie à la suite de difficultés avec un responsable. Certaines amitiés ont traversé les années, même lorsque les parcours se sont éloignés. Une compréhension commune subsistait, discrète, fraternelle.


Dans les années 80, le public associait fortement chaque chaîne à ses visages. Existait-il une forme de rivalité avec ceux de RTL ?

La perception des téléspectateurs jouait un rôle important. À cette période, RTL tvi n’existait pas. La référence restait surtout RTL-Télévision au Luxembourg, avec une approche différente. Des figures comme Michèle Etzel, Marylène ou Anouchka étaient identifiées, mais les univers ne se croisaient pas. Le service public suivait une autre logique, avec ses propres codes. Aucune rivalité, plutôt une coexistence de modèles. On se connaissait, on se saluait, sans concurrence directe.


En 1993, la RTBF met fin à ce métier…

L’arrivée de la publicité a modifié l’équilibre de l’antenne. Le temps accordé à cette fonction a progressivement diminué. En 1993 et 1994, j’ai continué à Liège autour d’émissions d’avant-soirée. Une période exigeante, rythmée par les déplacements et les plateaux, mais riche humainement. Pour des raisons familiales, j’ai cessé de travailler pendant un an. Le retour s’est fait sans poste précis, avec l’appui direct de la direction de la RTBF. Cette continuité a été possible grâce à Jean-Louis Stalport, alors administrateur général.


Vous évoquez souvent ce patron. Pourquoi ?

Son approche humaine et sa vision ont compté durablement. Après sa disparition, l’environnement est devenu plus complexe. C’est Christian Druitte qui a repris sa fonction. En 2002, Jean-Paul Philippot est arrivé dans un contexte de restructuration. Mon intégration au sein de son équipe a ouvert une nouvelle voie, orientée vers l’organisation d’événements et les relations publiques.


L’émission « Domino », en 1985, est restée très présente dans les mémoires.

Ce divertissement incarnait la route. De ville en ville, dans des centres culturels parfois rudimentaires, la variété se déplaçait au plus près des téléspectateurs. Les artistes, accessibles, partageaient ces moments. Goldman, Dalida, Souchon ou Voulzy ont marqué ces rendez-vous. L’ambiance donnait à chaque rencontre une énergie collective et festive.


Il y a aussi eu l’aventure TV5, à un moment clé de son lancement. Que retenez-vous de cette expérience parisienne ?

Cette période reste marquante. La RTBF participait au consortium fondateur de TV5 Europe. J’y ai travaillé durant quatre ans, de 1988 à 1992, au moment de sa construction. Les studios se situaient à Cognacq-Jay, dans les anciens locaux de TF1. L’endroit surprenait par sa taille, nettement plus modeste que la RTBF. L’ambiance était directe, artisanale, dans un seul studio, avec des journées très longues, du lancement matinal jusqu’à tard dans la nuit. Les invités étaient prestigieux. Ces échanges intimistes ont laissé une trace forte. Tout se faisait sans prompteur, à la belge. Cette méthode a surpris, parfois déstabilisé, mais a marqué les esprits.


Que vous a appris le direct, humainement ?

La discipline. Quoi qu’il arrive, il fallait rester impeccable. S’effacer pour transmettre, garder le sourire, l’émotion sous contrôle. L’antenne ne supportait pas l’autosatisfaction.


Avec cette présence permanente à l’écran, comment parveniez-vous à garder une frontière entre le métier et le reste ?

Au début, la perception restait trompeuse. Dans une cabine, seule face à une caméra, l’exposition semblait lointaine. La prise de conscience est venue plus tard, au moment de monter sur scène. Le trac s’est imposé d’un coup. La première fois, l’impression d’être à découvert, mise à nu, a été très forte. Un mécanisme s’est alors mis en place. D’un côté, la professionnelle, Dominique, concentrée sur son rôle. De l’autre, la personne Wathelet, en retrait, préservée.


Quel regard portez-vous sur les nouvelles générations d’animateurs ?

Le métier a profondément changé. La télévision n’est plus celle que j’ai connue, et l’espace accordé n’a plus la même valeur. Les rythmes se sont accélérés, les formats se sont resserrés. La publicité, les jeux et les impératifs économiques occupent une part importante des grilles. La relation avec les spectateurs s’en trouve transformée. Les habitudes ont évolué. L’attention se porte sur les titres et les informations essentielles, dans un contexte de surabondance permanente. Les visages actuels font leur travail avec sérieux. Beaucoup révèlent un véritable talent, tant chez les présentateurs que chez les journalistes. L’approche diffère, mais la compétence est bien là. Les pratiques éditoriales ont évolué. Autrefois, les journaux prenaient le temps de revenir sur les événements et d’en proposer une lecture large. Aujourd’hui, les sujets se concentrent sur quelques dizaines de secondes. Certaines émissions d’investigation subsistent, mais l’espace consacré aux magazines de société ou aux grands divertissements s’est réduit.


Si vous aviez un mot à adresser aux lecteurs de Zenio qui vous ont suivie pendant ces années, que leur diriez-vous ?

Merci pour cette fidélité, les lettres, les mots échangés dans la rue. Avec le recul, la confiance accordée prend toute sa mesure. Tout est là.

Fabrice STAAL

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