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11 décembre 2025

Téléshopping

© Studio Collet/TF1

Clap de fin pour les réveils en peignoir devant des mixeurs miracles. En juillet dernier, TF1 a sonné le glas de sa vénérable émission de télé-achat. L’occasion de revenir sur les débuts, bancals, d’un concept qui a transformé nos matinées en achats compulsifs via le petit écran.

Après 38 ans de démonstrations passionnées, de gadgets improbables et de casseroles résistantes à tout sauf à la mauvaise foi, « Téléshopping » s’apprête à plier boutique. Diffusé chaque matin depuis 1987, le programme culte raccrochera les cintres et les dégraisseurs magiques le 31 décembre 2025. La fin d’une époque où l’on pouvait acheter une râpe multifonction à 9h sur TF1, café en main et robe de chambre sur le dos. Mais avant d’envahir nos placards, le télé-achat a connu des débuts discrets, presque artisanaux. Dans les années 70, RTL-Télévision joue les pionnières avec « Ram Dam », première tentative du genre, animée par la speakerine Claudine Ollinger. Le principe ? Une présentatrice vante les mérites d’un produit à une téléspectatrice ciblée — le fameux profil « ménagère », alors chouchou des annonceurs. Une décennie plus tard, Pierre Bellemare, baroudeur de la télé française, revient d’un périple américain avec une idée bien huilée — vendre à la télé en mode spectacle. En 1987, il lance la version française sur TF1, puis décline le concept sur M6 et RTL tvi, épaulé par son fils Pierre Dhostel. La jeune chaîne belge enfonce le clou avec « Les vitrines de RTL », où Marion, complice de Stéphane Steeman, enchaîne les promotions avec entrain. Ce grain de folie s’est glissé dans nos salons, jusqu’à coloniser le moindre recoin de nos tiroirs.


Une ambition contrariée


L'équipe de LTA
© LTA

À la fin des années 90, le marché est si juteux qu'une simple émission ne suffit plus. Il faut voir plus grand, plus fort, direction... Gosselies. En 1998, Pierre Bellemare (encore lui) débarque en Belgique et lance LTA, première chaîne entièrement dédiée au télé-achat. Il enrôle des visages familiers du petit écran : Bernard Perpète, ex-star de « Double Sept » sur la Une, Agathe Lecaron, que l’on ne présente plus, ou Claude Rappé de RTL. Mais deux ans plus tard, rideau — LTA dépose le bilan. Un échec retentissant qui refroidit l’enthousiasme des chaînes françaises. Contrairement aux États-Unis, la France n’a jamais bénéficié d’une fréquence TNT dédiée, comme le soulignait à l’époque Jérôme Dillard, alors directeur général de Téléshopping. La licence se faisait attendre. En attendant ce jour hypothétique, d’autres tentatives ont vu le jour, avec un succès variable. M6 Boutique, arrivée en 1998, tient bon jusqu’en 2020. Liberty TV, spécialisée dans les voyages et lancée en 2000, s’éteint en 2013. Quant à QVC France, filiale d’un géant américain, elle jette l’éponge en 2019 malgré des moyens conséquents.


Derniers matins magiques sur TF1

Depuis l’arrivée d’Internet, chacun peut acheter ce qu’il veut, quand il veut, en pyjama ou en pleine réunion Zoom. « Tous les produits sont devenus accessibles, et à moindre coût », observe Justine, fidèle téléspectatrice montoise. Pour survivre à cette concurrence tous azimuts, la télévision a misé sur autre chose que les prix cassés — une expérience, un service, une relation de confiance. Cela passe par des produits exclusifs, mais surtout par le lien affectif avec les animateurs, devenus des visages familiers du petit matin. En 2019, l’émission animée par Marie-Ange Nardi et Alexandre Devoise enregistrait plus de 600 000 commandes — plus de la moitié via le site, 45 % par téléphone, et 5 % par courrier papier. Près d’un million de colis ont été expédiés cette année-là, soit un toutes les 20 secondes. Mais voilà, le monde a changé. Le chariot de supermarché s’est mué en panier virtuel, le « Appelez maintenant » a laissé place au « Ajouter au panier », et l’émotion du colis mystère s’est transformée en suivi de livraison millimétré. Aujourd’hui, le télé-achat à la télévision fait figure de dinosaure, dans un monde où l’on commande une paire de chaussettes, un drone et une fontaine à chocolat à 3 h du matin depuis ses toilettes. TF1, pragmatique, préfère tourner la page de cette émission devenue aussi culte qu’anachronique. Fini les démonstrations de balais serpillières qui lavent, sèchent, dansent et vous disent bonjour. Fini les sourires convaincus face à un épluche-légumes laser. La dernière diffusion, prévue pour le 31 décembre, risque d’émouvoir les lève-tôt, les amateurs de gadgets et les nostalgiques du combo « démonstration + sourire en coin ». Car « Téléshopping », ce n’était pas juste un programme. C’était un mode de vie. Une foi joyeuse en des objets qui allaient, peut-être, transformer notre quotidien. Alors, rangez vos télécommandes, sortez vos mouchoirs microfibres et savourez les dernières émissions… avant que le générique ne parte lui aussi en promotion de fin de série.

Fabrice STAAL

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