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5 novembre 2025
Quand la télé avait un visage

© 00557477/BESTIMAGE/PHOTONEWS
Ah, les speakerines ! Ces figures mythiques qui, d’un sourire maîtrisé et d’une voix douce, annonçaient la suite du programme comme si leur vie en dépendait. Retour sur ces dames (et quelques messieurs, oui oui) qui ont marqué nos soirées et nos souvenirs.
Avant que les algorithmes ne prennent le contrôle de nos soirées, des personnalités souriantes et pleines d’élégance nous invitaient à découvrir les émissions du petit écran. Un rôle discret mais symbolique, dont l’histoire mérite qu’on s’y attarde. Dès avril 1935, les diffusions s’enchaînent sans relâche en France. Une poignée de techniciens et de passionnés œuvre à perfectionner cette toute nouvelle invention, encore hésitante, en affinant l’image et le signal. C’est Suzy Wincker qui se charge de présenter les artistes à l’image. Elle devient la toute première speakerine digne de ce nom. Le plateau, modeste, accueille une caméra logée dans une cabine vitrée, pour éviter que le moindre bruit ne vienne troubler les micros sensibles. Le 25 mai 1949, Jacqueline Joubert clôture l’antenne de la RTF d’un doux « Faites de beaux rêves ». Elle est la première à être officiellement engagée sur concours. Catherine Langeais la rejoint en 1951, suivie de près l’année suivante par Arlette Accart. Puis, comme un rituel bien établi, chaque saison voit apparaître une nouvelle recrue à l’antenne. En 1953, Jacqueline Caurat fait ses premiers pas devant la caméra. De l’autre côté de la frontière, la Belgique entre dans la danse avec panache. L’INR (Institut National de Radiodiffusion), fraîchement installé à Ixelles, confie l’annonce des programmes à trois jeunes dames : Arlette Vincent, Janine Lambotte et Monique Moinet. Cinq ans plus tard, l’INR devient RTB, et le royaume prouve à son tour que, dans le domaine des animatrices, il a de quoi briller.
Naissance d’un rituel télévisé
Le 23 janvier 1955, le grand-duché entre enfin dans la lumière… cathodique ! Télé-Luxembourg lance ses émissions, et c’est Mireille Delannoy qui devient le tout premier repère féminin de la station. Elle ouvre la voie à d’autres jeunes femmes comme Nicole Favard, Josiane Chen, Martine Chad, ou encore Odette Paris — que les fidèles de bel RTL reconnaîtront aussi pour sa voix dans la chronique classique à la radio durant les années 90 et 2000. Clin d’œil à la parité : deux hommes se glissent tout de même dans le décor, Jacques Harvey et René Guitton. Oui, messieurs, il y avait aussi une place pour vous, même à cette époque. Pendant ce temps, en France, les choses évoluent dans les studios. En 1960, Anne-Marie Peysson fait ses débuts comme remplaçante sur la RTF. L’ambition grimpe, et la télé prend de l’élan. En 1962, Robert Bordaz prend les commandes de la station et amorce la création d’un second canal, qui verra le jour en 1964. C’est Denise Fabre — arrivée de Nice avec son accent chantant et son sourire lumineux — qui devient la figure de proue de cette nouvelle fréquence. La même année, la RTF change de nom pour devenir ORTF. Et en 1967, c’est la révolution sur les ondes : la télévision française bascule dans une nouvelle ère chromatique, une métamorphose visuelle ! On découvre enfin les robes pastel des speakerines autrement qu’en cinquante nuances de gris. À Télé-Luxembourg, cette révolution visuelle s’invite à son tour en 1972. Avec elle, un nouveau nom s’impose à l’écran : Michèle Etzel, une blonde fraîchement arrivée dans l’équipe. « Dans les années 70, devenir speakerine, c’était le rêve absolu pour beaucoup de jeunes filles, un peu comme hôtesse de l’air pour la génération d’avant », se souvient-elle avec tendresse. Cette même année, elle participe au tout premier concours télévisé luxembourgeois. Résultat : 75 % des votes en sa faveur. « J’ai été choisie pour remplacer Josiane, qui partait vivre une grande histoire d’amour avec un riche homme d’affaires chinois ! », raconte-t-elle en riant. Son premier passage à l’antenne se déroule sans accroc. La seconde, en revanche, reste gravée dans sa mémoire… mais pas pour les meilleures raisons. « Je devais introduire un magazine baptisé « A comme Automobile ». Je commence, et là… le blanc total. Plus rien. Je reste pétrifiée, bouche entrouverte, figée par l’objectif ». Le réalisateur, pragmatique, coupe l’image et enchaîne. « C’est là que j’ai compris qu’à la télé, il faut rester en alerte du début à la fin. Le bug n’attend pas ! ». Dans cette décennie, Michèle est rejointe par Claudine Pelletier, Anna-Vera Ceccacci et Marylène Bergmann. Parallèlement, la chaîne publique RTB change de nom et devient officiellement la RTBF par décret. L’ambiance se tend un peu dans les couloirs des plateaux français quelques mois plus tard… mais ce ne sont pas les projecteurs qui chauffent. Cette année-là, les speakerines de TF1 et d’Antenne 2 décident qu’il est temps de réagir. Fatiguées d’être tournées en dérision, elles intentent un procès à plusieurs journalistes, dont les plumes moqueuses voire carrément insultantes avaient franchi la ligne. Certains, avec une ironie douteuse, les avaient comparées à des « entraîneuses », prétendant qu’elles tentaient de « vous convaincre de passer la soirée avec elles »… Charmant. Ni une ni deux, les intéressées montent au front. Non pas pour une compensation financière, mais pour défendre leur dignité. Elles réclament symboliquement un franc de dommages et intérêts. Juste assez pour rappeler qu’une mise en plis impeccable n’empêche pas d’avoir du répondant.
Stars en tailleur pastel
Dans les années 80, les speakerines tiennent toujours leur rôle avec panache, fidèles à leur rendez-vous quotidien, le sourire immuable et la diction taillée au cordeau comme une dernière réplique de film. Elles annoncent les prévisions du jour, le long-métrage du soir, ou même un documentaire sur les grands fonds marins, toujours avec ce soupçon de mystère qui laissait croire qu’un téléfilm du mercredi pouvait bien changer le cours de votre existence. On allume le poste, et là leur regard complice vous accueille, avec cette familiarité rassurante qu’on n’explique pas, un peu comme si la télévision elle-même vous ouvrait les bras. Les figures se multiplient, et pas seulement sur les ondes françaises. À TF1, on croise Carole Varenne, Evelyne Leclercq, Claire Avril, Fabienne Égal, et bien sûr Evelyne Dhéliat, avant qu’elle ne devienne l’impératrice des isobares. Sur Antenne 2, le casting se renouvelle sans cesse : Gillette Aho, Lionel Cassan, Catherine Ceylac, Dorothée (oui, LA Dorothée, celle qui a bercé des générations de goûters télé), Marie-Ange Nardi, Valérie Maurice, et même un jeune Olivier Minne, dont le look rivalise d’aplomb avec les plis de son blazer. Sur FR3, Dominique Alban et Yza Lamoureux prennent leurs marques. De l’autre côté de la frontière, le Luxembourg et la Belgique ne sont pas en reste : Anouchka Sikorsky, Sophie Hecquet, Frédérique Ries, Brigitte Mahaux, Philippe Soreil, Claude Rappé, Liouba (à RTL-Télévision), ainsi que Sylvie Rigot, Claudine Brasseur, Yves Boulanger, Micheline Michaël, Danielle Sornin de Leysat, Hugues Vanlier et Dominique Wathelet à la RTBF, donnent le ton. Quand RTL tvi entre en scène le 12 septembre 1987, de nouveaux talents rejoignent ce club très sélect du « bonsoir à toutes et à tous » : Nathalie Winden, Sabine Mathus, Myriam Lafare (souvent fidèle à ses fameux pulls angora), Varvara Dewez et Marie-Christine Maillard. À cette époque, le brushing frôle le statut d’institution, le tailleur coloré est quasiment un uniforme, et la voix… une affaire de Conservatoire.
La dernière révérence… ou presque
Peu à peu, le rôle de speakerine glisse doucement du fond vers la forme. Les chaînes privilégient les bandes-annonces calibrées, les jingles léchés et les nappes de synthé typiques des années 90. Nos charmantes dames, elles, continuent d’apparaître à l’image… mais deviennent un peu comme des plantes d’intérieur : impeccables, mais de moins en moins remarquées. Le vrai basculement s’opère le 12 janvier 1992 sur TF1, puis en 1993 à la RTBF, France 2 et France 3 : rideau sur les annonces en direct. Du côté de RTL, la tradition résiste plus longtemps avec une touche de glamour en prime. Les Miss Belgique reprennent le flambeau avec élégance. C’est même la tendance de la fin des années 90. On pense à Sandrine Dans, Sandrine Corman, Julie Taton ou encore Fanny Jandrain. Au fil des années 2000 et 2010, de nouveaux profils s’invitent à l’écran : Sophie Pendeville, Agathe Lecaron, Emilie Dupuis… avant l’arrivée de celles qui incarneront les dernières représentantes de la speakerine 2.0 : Jill Vandermeulen, Laura Beyne et Fiona De Paoli. Surprise, en septembre 2024, RTL relance le concept sous une forme modernisée. « Il s'agit d'une nouvelle émission 360 diffusée sur RTL tvi, RTL club et RTL plug, qui vous donnera toutes les informations sur ce qui vous passionnera depuis votre canapé », annonce fièrement la chaîne. Fini le simple bulletin de 20h20, la « speakerine nouvelle génération » parle désormais ciné, radio, concours… Une animatrice caméléon, qui transforme la promo en moment complice, avec sourire et paillettes. Les speakerines ne sont peut-être plus les icônes de la télé, mais elles gardent une place à part dans notre mémoire collective. Avec leur voix posée, leur élocution précise et leur regard complice, elles incarnaient bien plus qu’un simple interlude entre deux programmes. Elles étaient la bande-annonce vivante de nos soirées douillettes. Aujourd’hui, les voix off ont colonisé les écrans, et les téléspectateurs zappent plus vite que leur ombre. Qui ne ressent pas un petit frisson de nostalgie à l’idée d’entendre, rien qu’une fois, un doux « Et tout de suite, votre film du soir… ».
Silence, on tourne…
Croyez-le ou non, c’est authentique. Entre deux lancements de programmes sur Télé-Luxembourg, Martine Chad, que l’état civil connaît sous le nom d’Eliette Gensac, mène une double vie. Car oui, quand elle ne salue pas les téléspectateurs avec son micro-cravate bien en place, elle donne la réplique à nul autre que Louis de Funès dans la comédie culte « Hibernatus », sous les traits d’Evelyne Crépin-Jaujard. Ce n’est pas tout ! Dans le film, elle partage l’affiche avec sa demi-sœur Claude Gensac, alias Madame de Funès dans une bonne moitié de sa filmographie. Un vrai feuilleton familial, entre cabas en osier, gags survoltés… et plateaux télé bien éclairés.
Le + de Zenio
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Fabrice STAAL
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