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19 février 2026

Marie-Laure Béraud, l’art en trois dimensions

© DR

Bien que certains artistes ne soient pas présents sur les écrans de télévision, ils n’en brillent pas moins. C’est dans cet esprit que Zenio propose cette rubrique, dédiée à faire découvrir des créateurs dont l’art ne cesse de grandir et d’inspirer.

Elle aurait pu n’être « que » chanteuse. Ou « que » peintre. Ou « que » plume. Mais Marie-Laure Béraud n’aime pas les cases. Depuis ses débuts à Lyon jusqu’à son envol vers Paris, cette artiste polymorphe avance comme on traverse une chanson, avec panache, curiosité et un brin d’impertinence. Quand elle arrive à Bruxelles, on croit qu’elle vient s’y poser. Erreur. Marie-Laure ne se pose jamais, elle plane, elle explore. Dès son premier album « Turbigo 12-12 », réalisé par Chaz Jankel (le complice d’Ian Dury), un vent nouveau souffle sur la chanson française. Son écriture est affûtée, sa voix veloutée, et son univers, un joyeux mélange de java, de jazz et de poésie urbaine. Le public applaudit, la critique s’incline, et l’Académie Charles Cros lui décerne un prix. Pendant qu’on se demande d’où sort cette comète, elle file déjà ailleurs, partageant la scène avec Arthur H. au Québec ou conquérant New York sur les planches mythiques du Ballroom où chanta Peggy Lee.


De la toile au micro

Chez Marie-Laure, la curiosité est une maladie chronique. Après les micros, les pinceaux ! Peindre, coller, assembler, chez elle, tout devient langage. Ses expositions attirent l’œil autant que le cœur, oscillant entre sensualité et surréalisme. Pendant que d’autres la cherchent, elle la provoque, la multiplie. On la retrouve dans les ateliers d’écriture, semant aux quatre vents l’envie de jouer avec les mots. Quand elle signe « Steak Exterminateur » — l’histoire savoureusement improbable d’un boucher végétarien et cocaïnomane — on comprend qu’avec elle, l’absurde devient une forme d’élégance. Puis la chanson la rattrape, comme une vieille amie impatiente. Avec « Béraud and the Birds », dans son salon bruxellois devenu studio, naît un disque jazz aussi intime qu’un secret d’oreiller. Pas d’artifice, juste une voix, quelques musiciens fidèles et une authenticité désarmante. Ses albums suivants confirment son goût pour les contrastes : la tendresse d’Édith Piaf se frotte à la mélancolie de Tom Waits, le tout baigné dans une lumière de cabaret et un soupçon de whisky belge. La voilà de retour, libre, éclatante, avec un nouvel album à son image — fantasque, caressant, sincère. On y croise une prostituée au grand cœur digne de Fellini, une nuit qui retient son souffle, et même une version punk-rock de son tube des années 80, « C’est pas le Pérou ». À ses côtés, Clément Nourry et une bande de musiciens sur mesure insufflent à sa musique la désinvolture d’un Ry Cooder en goguette.


En mouvement

Chez Marie-Laure, tout est affaire de renaissance. Chaque chanson semble souffler : « Je suis encore là, mais jamais tout à fait la même ». C’est ce qui la rend si rare. On ne sait pas si elle va nous faire rire, pleurer ou danser — souvent les trois à la fois. Les modes ont passé, sa flamme est restée  et si sa voix garde ce parfum d’ailleurs, c’est sans doute parce qu’elle chante, peint et écrit pour une seule raison : apprivoiser la vie avec élégance et un grain de folie. Marie-Laure Béraud, c’est comme un bon vinyle, un léger craquement au début, puis la magie qui opère.

Fabian FALQUE

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