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10 décembre 2025

Bas les masques !

© SHUTTERSTOCK

Être soi, avec ses failles et ses forces, c’est parfois un vrai numéro d’équilibriste. Oser se dévoiler, quitte à bousculer les attentes, reste souvent le premier pas vers une relation plus sincère…

Une amie chère, rencontrée à l’époque où je travaillais à la télévision, m’a récemment envoyé une archive qui m’a fait sourire avec tendresse. On m’y voit, jeune et fringant, lors de l’un de mes premiers passages à l’écran. J’étais alors chroniqueur dans un talk-show diffusé chaque après-midi sur la chaîne publique. Cela remonte à trente ans, peut-être davantage. Ces images montrent un homme charmant, ambitieux, et visiblement avide de lumière, désireux de briller, de se faire remarquer. C’est en partie ce qui m’a porté pendant trois décennies de carrière : être reconnu. Au point de pousser le curseur toujours un peu plus loin, en m’exposant dans les médias, puis sur les réseaux sociaux… jusqu’à presque m’y dissoudre.

« Le vrai courage ? Cesser de jouer un rôle et devenir soi. »

Plaire n’est pas guérir

Derrière cette volonté farouche d’être vu — et donc validé par les autres — se dissimulait une faille que je mettrais des années à identifier : celle d’avoir ressenti comme un abandon l’éloignement de mon père, imposé par le divorce de mes parents, alors que je n’avais que six mois. J’ai compris, trop tard sans doute, que cette quête de reconnaissance n’était qu’une fuite en avant, incapable de réparer quoi que ce soit. L’apaisement, je ne pouvais le trouver qu’en moi-même — pas dans le regard des autres, dont j’étais devenu dépendant. Aimer enfin celui que j’étais, sans quémander cet amour à l’extérieur. Derrière chaque trait de personnalité poussé à l’excès se cache souvent une douleur enfouie. Il y a le masochiste, qui s’efface pour les autres jusqu’à s’oublier. Le contrôlant, en quête obsessionnelle de maîtrise. Le rigide, impitoyable avec lui-même, obsédé par l’image de perfection. Et le fuyant, qui préfère l’isolement ou une réalité parallèle, de peur d’être rejeté. Toutes ces attitudes sont des mécanismes de défense. Elles cherchent à nous protéger d’une souffrance que nous redoutons de raviver, jusqu’à se confondre avec notre identité, devenant des façades qui nous empêchent d’être pleinement nous-mêmes. La mienne ? Celle d’un homme dépendant de l’approbation d’autrui, prêt à tout pour séduire, pour se faire aimer. Ces blessures, à l’origine de ces postures, sont au nombre de cinq selon la psychologue canadienne Lise Bourbeau, qui a popularisé ce concept : l’abandon (le dépendant), le rejet (le fuyant), la trahison (le contrôlant), l’humiliation (le masochiste) et l’injustice (le rigide). Nous en portons tous une ou plusieurs, à des intensités variables, parfois entrelacées. Les reconnaître — et repérer les comportements qu’elles induisent — est indispensable pour sortir du rôle que nous nous sommes assigné, souvent malgré nous. Pour, enfin, tomber le masque et vivre une existence plus paisible, plus libre, en accord avec nous-mêmes et les autres. Loin des vieux schémas et des filtres déformants. Car ôter le masque, ce n’est pas se fragiliser. C’est guérir d’une douleur trop longtemps enfouie. Et apprendre, enfin, à s’aimer sans condition.


Thomas VAN HAMME

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