15 décembre 2025
Sous les étoiles d’Hollywood, promenade sur le Walk of Fame
Sous le soleil californien, certaines rues attirent plus de regards que bien des monuments. Du tout premier pavé à la plus récente célébrité, Zenior a arpenté ce boulevard légendaire, les yeux rivés au sol et l’imagination en éveil.

© Zenio
Il existe des trottoirs qui ne demandent qu’à être foulés. Il y en a d’autres qui posent pour les photos, qui brillent sous le soleil et qui se laissent polir par des milliers de mains pressées de toucher un fragment d’histoire. Sur un peu plus de deux kilomètres, Hollywood Boulevard et Vine Street déploient une armée de 2 700 étoiles roses incrustées dans le bitume noir. Cinq univers sont représentés, cinéma, télévision, musique, radio et spectacle vivant. Ici, le sol attire davantage les regards que les vitrines. L’aventure commence le 28 mars 1960 lorsque Joanne Woodward reçoit la toute première étoile. Lauréate d’un Oscar pour Les Trois Visages d’Ève, elle incarne alors le glamour de l’âge d’or d’Hollywood. Certains affirment que Stanley Kramer, réalisateur de Devine qui vient dîner, aurait en réalité inauguré le premier pavé. Peu importe qui a gagné cette course à la postérité, l’idée du Walk of Fame fut un coup marketing brillant de la Chambre de commerce d’Hollywood pour relancer un quartier en perte de vitesse. Entre 1960 et 1961, plus de 1 500 étoiles s’ajoutent aux trottoirs. L’opération séduit studios et touristes. Les cérémonies d’inauguration se transforment en mini-spectacles où une star se penche sur une dalle à son nom, entourée de badauds ravis de jouer les figurants.
Musée à ciel ouvert
Ce boulevard n’a rien d’un musée sous cloche. Les étoiles vivent au rythme de Los Angeles. Certaines brillent comme au premier jour, d’autres portent fièrement leurs cicatrices, parfois décorées d’un chewing-gum qu’on préférerait ne pas analyser. On croise des musiciens de rue qui improvisent des solos entre deux dalles, des sosies de Marilyn, de Spider-Man ou de Mickey qui se prêtent volontiers aux photos et des touristes allongés ventre à terre pour immortaliser un cliché original avec un bout de béton mythique. Smartphone en main, on passe sans effort du cinéma muet de Chaplin au dernier blockbuster Marvel. Les noms de Michael Jackson, Walt Disney, Marilyn Monroe ou des Beatles jalonnent le parcours. Marilyn a même deux sanctuaires, son étoile officielle et ses empreintes au ciment, toutes deux assiégées de selfies. Audrey Hepburn y voyait une manière unique de rendre les artistes accessibles. Gene Kelly résumait, avec humour, que chaque étoile lui rappelait son premier pas sur scène, sauf que cette fois c’est la ville qui marche vers lui.
Business et paillettes
Hollywood n’honore pas uniquement ses enfants. Charles Aznavour fut la dernière légende française à recevoir une étoile en 2017. En 2026, Marion Cotillard rejoindra le panthéon californien dans la catégorie cinéma. Révélée aux États-Unis par La Môme, elle a depuis intégré la série The Morning Show aux côtés de Jennifer Aniston et Reese Witherspoon. Elle partagera cette promotion prestigieuse avec Emily Blunt, Demi Moore et Rami Malek, devenu Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody. Côté musique, Miley Cyrus sera elle aussi gravée dans la pierre et s’est dite cimentée à jamais sur Instagram. Pour obtenir une étoile, le talent ne suffit pas. L’artiste doit être proposé, accepté par un comité et payer, ou se faire sponsoriser. La facture s’élève à 75 000 dollars pour couvrir la fabrication, la pose et l’entretien. Le jour de la cérémonie, tapis rouge, discours émouvants, pluie de flashs et dédicaces pour des fans venus parfois de l’autre bout du monde. Ce mélange assumé de business et de rêve hollywoodien fait partie du mythe.
Hot-dogs et icônes
Se promener sur le Walk of Fame, c’est s’offrir un jeu de piste grandeur nature. Chaque étoile porte un petit symbole indiquant le domaine de prédilection de son propriétaire, une note de musique pour les chanteurs, une caméra pour le cinéma, un poste de télévision pour le petit écran. Certains artistes apparaissent plusieurs fois. Gene Autry, cow-boy chantant et acteur, détient cinq étoiles, une par catégorie. Ce trottoir raconte l’histoire populaire des États-Unis, icônes immortelles et gloires éphémères. Malgré le prestige, l’ambiance reste très concrète. On traverse au feu rouge, on esquive des travaux, on se faufile parmi des vendeurs de hot-dogs et soudain on réalise qu’on vient de marcher sur le nom d’une légende. Aujourd’hui, le Walk of Fame est plus qu’une simple attraction touristique. Il tient lieu d’album photo géant gravé dans le béton, témoin d’un siècle d’industrie du spectacle. Le visiter, c’est naviguer à travers les époques, admirer les stars d’hier et d’aujourd’hui et sourire devant la simplicité de ce concept qui a rendu des noms éternels. Les touristes affluent, les étoiles s’ajoutent chaque année et les sosies continuent de poser avec un enthousiasme inoxydable. Marcher sur ce boulevard mythique, c’est découvrir que Hollywood a réussi à faire descendre ses icônes à hauteur de piéton.
Fabrice STAAL
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