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23 avril 2026

Petits écrans, grandes histoires : L’aventure des émissions enfantines

Puisque Dorothée a déjà déroulé le fil de ses souvenirs, place aux autres figures qui ont envahi nos écrans, de « Citron Grenadine » à « Lollipop », sans oublier quelques légendes en peluche. Dinosaures orange, marionnettes insolentes et musiques entêtantes ont façonné nos après-midis bien plus qu’on ne veut l’admettre.

© 00581781/Bestimage/Photo News

Il fut un temps, pas si lointain, où les enfants ne choisissaient pas ce qu’ils regardaient. Ils attendaient que leur émission préférée apparaisse à l’écran, coincée entre la météo et un western italien. Pas de replay, pas de tablette, pas de streaming. Juste une poignée de rendez-vous jeunesse, pensés, bricolés et aimés. Aujourd’hui, tout est à la demande, mais la magie, elle, ne se programme pas. Elle venait du téléviseur cathodique trônant au milieu du salon. Tout commence quelque part entre l’ardoise et la blouse grise, sur la RTF, avec le « Club du jeudi », présenté par Bernard Hecht, chargé d’occuper intelligemment les enfants privés d’école ce jour-là. Au Luxembourg, dès 1955, la jeune Télé-Luxembourg lance « L’École buissonnière », d’abord animée par Mireille, figure souriante de la chaîne, puis reprise par Claude Robert. Chaque semaine, pendant près d’un quart de siècle, des enfants du Grand-Duché, de Belgique ou de Lorraine montent sur le plateau dans un joyeux mélange de pédagogie, de découverte et de petits trains, roi local oblige. Entre deux documentaires animaliers, on savoure « Robin des Bois » ou « Zorro », dans une télévision encore artisanale, où l’on s’adresse aux enfants comme à des curieux, non comme à des élèves. En France, Jacqueline Joubert accueille les jeunes téléspectateurs en 1957 avec « Avec le sourire » et Papotin, marionnette sortie d’une boîte à malices. Suivra, sous l’œil bienveillant de Pierre Tchernia, « L’ami public numéro 1 », qui introduit Disney sur les écrans français. Une révolution en pantoufles. Le pantin s’invite chaque soir pour souhaiter la bonne nuit. Petit Louis, Mirabelle, un ours musicien, un maître grognon. Jusqu’à l’apparition du quatuor mythique formé par Nounours, Pimprenelle, Nicolas et le marchand de sable. Un rituel doux, qui sent le chocolat chaud. Octobre 1964 voit surgir Pollux du « Manège enchanté », propulsé par Zébulon dans une clairière psychédélique. En Belgique, presque au même moment, la RTB dévoile « Badaboum », animé par Ralph Darbo. En France, le canard Saturnin fait des vagues. L’ORTF enchaîne avec « Kiri le clown » et sa bande foutraque composée de Pip’lette, Ratibus, Bianco et Laura. Les séries américaines débarquent au même moment. « Flipper le dauphin » plonge dans les cœurs dès 1966 et devient la nouvelle idole des écoliers. De 1966 à 1978, à l’époque où la RTB règne en maîtresse, Jacques Careuil présente avec André Remy, Lisette, Yvan Baudouin et Marion l’émission « Feu vert », rituel joyeux des mercredis après-midi.


Qui veut du Gloubi-boulga ?

Les années 70 poursuivent sur cette lancée. Une petite chenille nommée Ploom relie information et fiction. Insolente et farceuse, elle bouscule les conventions. Mais en 1974, un véritable séisme secoue les écrans avec Casimir dans « L’Île aux enfants ». Dinosaure orange, allure de drag queen perdue à Jurassic Park, voix douce et maladresse touchante. Il chante, cuisine le gloubi-boulga, mélange improbable de confiture, banane, chocolat râpé, moutarde et saucisse de Toulouse, et devient une icône. L’émission durera jusqu’en 1982, totalisant 968 épisodes. Le 8 janvier 1975, le créateur de Casimir donne naissance aux « visiteurs du mercredi », entouré de Soizic Corne et Patrick Sabatier. Au fil de ce rendez-vous récréatif, un magicien nommé Garcimore, flanqué de son rire inimitable, ébahit les enfants avec des numéros aussi improbables que réjouissants. Pendant ce temps, une autre révolution se prépare. Sur Antenne 2, en 1978, « Récré A2 » donne le ton. Dorothée y fait ses armes, entourée de Fabrice, Cabu et William Leymergie. Une joyeuse bande qui bricole, chante en direct et fait découvrir le Japon. Ce n’était qu’un tour de chauffe. En 1987, TF1 fraîchement privatisée frappe fort en lançant le « Club Dorothée ». Le succès est immédiat. Autour de l’animatrice, Jacky, Ariane, Corbier et Patrick Simpson-Jones composent une équipe devenue culte. Génériques entraînants et dessins animés emblématiques comme « Dragon Ball », « Nicky Larson » ou « Les Chevaliers du Zodiaque » envahissent les écrans et les cours de récréation. Petit détour par 1979. Au Luxembourg, Claude Robert prend sa retraite et « L’École buissonnière » devient « Citron Grenadine ». Nom acidulé pour ambiance de kermesse colorée. On bricole, on chante, on questionne. Michèle Etzel, Georges Lang, Marylène Bergmann et Jean-Luc Bertrand ouvrent le bal, avant que Marylène et Jean-Luc ne prennent le relais jusqu’en 1984.


Tartes, dindes et fées fluo

Pendant que « Le Village dans les nuages » flotte sur TF1, la Belgique allume « Lollipop » en 1980. À la barre, Philippe Geluck et Malvira, marionnette acariâtre et délicieusement incorrecte. Tartes à la crème, sketches absurdes et détournements d’images composent un véritable ovni télévisuel. Le final « Waterloollipop » reste dans les mémoires, mais pas dans les archives, aucun enregistrement n’ayant survécu. Au même moment, FR3 propose « Disney Channel » le samedi soir, avec un Jean Rochefort délicieusement lunaire. RTL-Télévision réinvente sa grille avec « La Bande à Grobo », robot rigolo entouré d’animateurs en pagaille, d’abord Anouchka Sikorsky et Claude Rappé, puis Anne Lorric et Franck Olivier. Arrive ensuite « Nouba Nouba » avec Yolinde la Dinde et Benoît le Putois sur la RTBF. Un matin, « Grasse matinée » arrive tout droit du Luxembourg. Phil Barney et Françoise Turk accueillent les enfants dans une ambiance mêlant dessins animés et bonne humeur. En septembre 1987, lorsque RTL-Télévision devient RTL tvi, la grille s’enrichit avec « Chocolat Show » et « Samedi en fête ». Portées par Étienne et Eugène, récemment réunis dans nos pages, ces émissions conservent leur saveur gourmande sous l’animation d’Anouchka Sikorsky. Autre pépite oubliée, « La Lucarne d’Amilcar » sur TVI, importée de M6. Karen Cheryl y incarne une fée entourée d’un robot et de marionnettes. Episodes des « Bisounours » ou des « Minipouss », on baignait dans un monde féerique aux couleurs de bonbons acidulés.


Ultime boom du cathodique

Les années 90 s’ouvrent avec « Dimanche en fête », orchestrée par Sabine Mathus et Étienne Renard, avant l’arrivée de « Chambard », animé par Varvara Dewez, vaste rendez-vous dominical où deux classes s’affrontent. Une véritable fête foraine filmée. « Pirates » largue ensuite les amarres, sans oublier « Galaxytrouille ». En septembre 1994, un drôle de bonhomme entre en scène sur La Deux avec « Ici Bla Bla ». Il vit dans une Blamatique entouré de Clic la souris, Raton, Mamy Nelly et Monsieur Virgule. On y parle écologie, publicité, citoyenneté et consommation responsable, le tout en riant. Le générique « Cache cache pub » reste dans les têtes. L’émission se maintient à l’antenne jusqu’en 2010, avant de céder la place à OUFtivi, devenu aujourd’hui Auvio Kids TV. Au début des années 2000, Club RTL lance « Tom & Nancy », animé par Thomas Ancora et Nancy Sinatra. En avril 2007, le programme est remplacé par « Fred et Samson », porté par Tristan Moreau et sa marionnette Samson. Cette émission marque la fin de la programmation enfantine sur RTL. En 2026, tout a changé. Les enfants cliquent, zappent, swipent. Ils ont tout, tout de suite. Nous, on avait l’attente. Le générique qu’on fredonnait avant qu’il commence. Le mercredi qui sentait la pâte à tartiner et le génie de marionnette. Une émission qui arrivait, c’était un événement, pas une notification. Si certains rient de ces décors en carton-pâte et de ces chansons improbables, nous, on sait. Sous les faux nuages de Casimir ou les grimaces de Malvira, il y avait autre chose. Une tendresse télévisuelle qu’aucun algorithme ne remplacera.

Fabrice STAAL

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