1 août 2025
Graceland : Le King n’a pas dit son dernier mot
On a visité la maison d’Elvis Presley, et on en est ressorti avec des étoiles plein les yeux, des paillettes plein les poches, et une furieuse envie de se mettre au rock'n'roll.

© Graceland
Graceland, c’est un peu le Disneyland des fans d’Elvis. Sauf qu’ici, les oreilles sont en velours noir, les princesses portent des combinaisons à strass, et les feux d’artifice scintillent sur des vestes brodées. Nichée à Memphis, Tennessee, cette demeure dépasse largement le cadre d’une simple propriété. C’est un symbole, un sanctuaire un brin kitsch pour tous ceux qui savent dire « Thank you very much » avec le bon accent. Avant même d’apercevoir la façade, le décor est planté. Sur Elvis Presley Boulevard, les boutiques rivalisent d’adoration. Plus chargées que la garde-robe du King, elles débordent de t-shirts, casquettes, mugs, peluches, jeux de cartes, écharpes et cartes postales. Chaque vitrine semble murmurer « Love Me Tender » tout en glissant doucement la main vers votre portefeuille. Sous un soleil capable de ramollir un vinyle, on se réfugie dans le centre d’accueil. L’air conditionné y souffle comme un ventilo de scène à Vegas, et l’audioguide autour du cou devient votre nouveau compagnon de voyage. Billet VIP en main – parce qu’approcher la légende, ça se mérite – on croise une touriste suisse hilare, moulée dans un t-shirt Elvis. Elle lâche un « Ils rigolent pas avec le King ici ! » entre deux éclats de rire. C’est vrai, l’ambiance est presque religieuse, la file avance au rythme des plus grands tubes, diffusés en boucle. On finit par fredonner sans même s’en rendre compte. Nos voisins aussi. Vient le moment solennel de la photo souvenir, devant un Elvis en poster, brushing figé et sourire de cire. Souriez, vous êtes fan. Puis enfin, les portes s’ouvrent sur Graceland. En photo, elle semble immense. En réalité, c’est une résidence chic, sans extravagance, où flottent encore les effluves du cuir, du café et d’une époque suspendue. On a quelques secondes pour photographier la façade gardée par deux lions blancs avant d’être invités à avancer, presque au pas. À l’entrée, une hôtesse rappelle les règles. Pas de flash, pas de vidéos, pas de gestes déplacés. Pour la petite histoire, Elvis avait déboursé cent mille dollars pour offrir ce cocon à toute la tribu Presley. Vingt-trois pièces, huit salles de bains, et des téléviseurs dans quasi chaque recoin. Il faut le voir pour le croire. D’un coup, le surnom de « Roi du poste » prend toute son ampleur.
Rien n’a bougé et l’émotion subsiste
À l’intérieur, tout semble avoir été mis sur pause le 16 août 1977, jour de sa disparition. La moquette n’a pas bougé d’un poil. Les vitraux en forme de paon filtrent encore la lumière dans un salon figé dans le temps. Les rideaux, quant à eux, feraient pâlir d’envie n’importe quel décorateur amateur de rétro. On apprend qu’Elvis avait acquis cette demeure pour y vivre avec ses parents. Le sommet du kitsch ? La célèbre Jungle Room. Une pièce tropicale, cascade intégrée, tapis suspendu au plafond. Oui, au plafond. Dans cet univers peuplé de statues tiki et de canapés touffus, Elvis a enregistré plusieurs titres. Ce décor improbable a vu naître des morceaux devenus mythiques. La visite se poursuit dans la salle de billard, entièrement tapissée de tissus, plafond compris, dans un esprit chapiteau de cirque. Un peu plus loin, on découvre un petit bar aux meubles finement sculptés à la main, où une peluche solitaire repose sur un fauteuil, comme en attente du retour du King.
La légende en boucle
Côté musée, c’est une véritable caverne d’Ali Presley. Des disques d’or à perte de vue, des costumes plus étincelants qu’un casino de Vegas, des guitares, des paires de lunettes, des peignes... Rien ne manque. Ou presque. Un détail intrigue notre équipe. Un trophée remis par Georges Lang lors des « 30 ans de RTL-Télévision », en janvier 1985, n’est pas exposé. Volé ? Égaré ? Envoyé ailleurs ? Le mystère reste entier. Un agent glisse que l’objet est conservé dans un autre endroit. Peut-être. Ou peut-être qu’il préfère qu’on ne cherche pas trop. La visite se conclut dans le Jardin de Méditation. L’atmosphère y devient plus sobre, presque intime. Elvis repose là, entouré des membres de sa famille. Sur les murs, des messages griffonnés à la main témoignent d’un attachement qui ne faiblit pas. « Tu nous manques », écrivent les visiteurs. Et c’est vrai, à nous aussi, un peu. Graceland, c’est un drôle de mélange. Entre recueillement sincère, folklore pop et revêtements à motifs qui n’ont peur de rien. Un musée vivant, où l’on comprend que la star n’a pas seulement existé. Il a brillé de mille feux. Au détour d’une pièce trop chargée ou d’un souvenir en strass, on se surprend à fredonner tout bas « Can’t help falling in love… ».
Fabrice STAAL
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