8 octobre 2025
Dallas : Notre visite chez les Ewing !
Bienvenue à Southfork, où la piscine est impeccable, les rancunes bien enfouies et les chevaux visiblement au courant de tout. On y a flâné entre souvenirs et secrets bien gardés. J.R. n’y était pas, mais son esprit plane encore.

© Shutterstock
À trente minutes de Dallas, entre prairie texane et vestiges laqués des années 80, se dresse Southfork Ranch. Oui, la fameuse maison où J.R. manigançait à tout-va et où sa femme Sue Ellen noyait ses chagrins dans le bourbon. Chaque jeudi soir sur RTL Télévision, le Texas s’invitait dans les salons francophones et nous faisait frissonner d’un générique à l’autre. Au début, Southfork porte le nom de Duncan Acres, propriété de Joe Duncan. Quand les producteurs de « Dallas » cherchent en 1978 un décor à la hauteur d’un empire pétrolier, ils jettent d’abord leur dévolu sur le Cloyce Box Ranch. Quelques tensions (et caprices texans) plus tard, Duncan Acres prend la relève. La légende peut démarrer... mais attention, la magie du petit écran utilise des ficelles. Les scènes d’intérieur ? Tournées à Hollywood, bien loin des vaches locales. Ce bon vieux ranch texan, lui, sert uniquement pour les plans extérieurs. Les acteurs débarquent pour quelques jours, enchaînent les répliques sous le soleil et partent vite retrouver leur loge climatisée en Californie. Côté coulisses, c’est parfois plus vestiaire de stade que palace du pétrole. Selon Sherry Haughwout, responsable du site, « les hommes se changeaient à l’étage, les femmes en bas ». Le mythe, oui, mais avec une touche de cabane de scouts.
Coulisses en carton-pâte
Depuis 1984, le site abrite un musée entièrement dédié à la série et attire des visiteurs du monde entier. L’adresse officielle : 3700 Hogge Drive, Parker – Dallas. Moyennant 12 euros, vous accédez à un trésor de nostalgie télévisuelle. Parmi les objets exposés, on peut admirer le pistolet de J.R., la fameuse robe de mariée de Lucy Ewing, les scripts originaux signés, le véritable chapeau de Larry Hagman, mais aussi – moment inoubliable – l’arme utilisée par celui qui a tiré sur J.R. dans l’épisode devenu l’un des plus regardés de l’histoire. On y trouve également les sièges de plateau au nom de chaque acteur, bien alignés comme s’ils attendaient un ultime « Action ! ». À l’intérieur du ranch, les pièces ont été reconstituées : chambres, cuisine, salles de bain, salle à manger... tout y est, ou presque. Mais ne vous y trompez pas, rien de tout cela ne correspond aux décors vus à la télévision. C’est une version décorative, conçue pour flatter la rétine des fans, pas pour coller à la réalité du tournage. Seule exception authentique : le living, dans lequel trône, comme dans la fiction, le portrait imposant de Jock Ewing, le patriarche à moustache. « C’est le seul vrai clin d’œil à ce que les téléspectateurs voyaient chaque semaine », nous glisse la gardienne des lieux et des anecdotes. La maison elle-même, qu’on pensait immense, ne fait « que » 550 m². Suffisant pour les apparences, mais pas assez grand pour une caméra et une crise familiale. On y retrouve cependant la piscine d’origine, lieu de tant de scènes tendues... ou flottantes. Patrick Duffy, alias Bobby Ewing, nous confiait récemment avec humour : « À la télé, elle paraissait immense. En réalité, elle est minuscule. Il fallait multiplier les prises pour donner l’illusion ». Moralité : tout est une question d’angle et de bon vieux bluff télévisuel.
Mariage, magouilles et souvenirs
Et les acteurs ? Certains, comme Linda Gray (Sue Ellen), se souviennent de tournages épiques : « Tourner en talons aiguilles dans la boue, c'était un défi quotidien ». Pendant que Larry Hagman, alias J.R., faisait parfois des apparitions à cheval pour saluer les fans. Le site propose aussi des événements privés, des mariages à thème (oui, on peut dire « YES » dans la chambre de J.R.) et même des dîners typiquement texans dans la salle à manger de Miss Ellie. Rien de mieux pour déclarer sa flamme en savourant un chili. Évidemment, on ne pouvait pas repartir les mains vides. Dans notre valise, un souvenir hautement symbolique : la plaque d’immatriculation « Texas – Ewing 1 », autrefois vissée à l’arrière du bolide de Jock Ewing. Elle trône désormais fièrement dans notre rédaction… Rassurez-vous, elle n’est pas sur notre voiture. On n’a pas encore les moyens de rouler en limousine texane, mais côté allure, on est servis. Southfork Ranch, c’est plus qu’un décor, c’est un mythe vivant, une immersion dans un monde où les méchants portaient des cravates, les bons aussi, où on ne savait jamais qui allait trahir qui. On y vient pour sourire, on y reste pour revivre une époque où même les pauses publicitaires avaient du style. Alors si un jour, vous passez par le Texas et que vous avez envie de plonger tête la première dans un générique, arrêtez-vous à Southfork. Le whisky est peut-être fictif, mais la nostalgie, elle, est bien réelle.
Fabrice STAAL
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