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15 juillet 2025

Judith Light : « « Madame est servie » a fait évoluer les esprits »

Icône des années 80, elle a contribué à faire évoluer l’image de la femme à la télévision. En juin dernier, elle a brillé dans un tout autre rôle en présidant le jury du 64e Festival de Télévision de Monte-Carlo, où Zenior était présent.

© 00710870/Bestimage/Photo News

Comment avez-vous vécu le succès de « Madame est servie » ?

À l’époque, je ne mesurais pas ce que nous étions en train de construire. Je pressentais seulement que c’était une expérience joyeuse, portée par une plume brillante, avec un Tony Danza formidable, tout comme le reste du casting. Mais je n’imaginais pas que la fiction deviendrait aussi emblématique. Depuis, de nombreuses jeunes femmes viennent me dire : « Ce rôle m’a inspirée. Il m’a montré que je pouvais avoir une place dans le monde professionnel, que je n’étais pas condamnée à rester à la maison ». Et des jeunes hommes me confient aussi : « Je ne savais pas qu’on pouvait inverser les rôles ». La production a ouvert beaucoup de portes et élargi la vision que certains avaient de la société, simplement parce qu’ils l’ont regardée.


Angela Bower était une femme indépendante et ambitieuse, un profil encore assez rare à la télé dans les années 80. Aviez-vous conscience, à ce moment, d’incarner un rôle en avance sur son temps ?

Non, mais je sentais que l’histoire était profondément ancrée dans son époque. Elle reflétait un idéal hérité des années 60, à un moment où les questions autour du féminisme, de l’autonomie et du pouvoir des femmes prenaient de l’ampleur. La vraie question était : comment trouver notre voix et la faire entendre ? Ce n’était pas une œuvre en avance sur son temps — c’était, selon moi, simplement le bon moment pour qu’elle existe. Mais j’ai pleinement compris son impact bien plus tard. Un jour, dans un salon d’aéroport, une femme installée à l’autre bout de la pièce m’a interpellée : « Je suis devenue directrice de mon entreprise grâce à "Madame est servie". J’ai regardé Angela Bower ». C’est là qu’on réalise la force d’une narration juste, la puissance d’un programme bien construit, mêlant humour, légèreté et influence. C’est ça, le pouvoir de la télévision.


Quelle était la dynamique entre vous et Tony Danza sur le plateau ? La complicité à l’écran reflétait-elle celle dans la vraie vie ?

Il y avait entre nous une alchimie incroyable, perceptible dès notre toute première audition. Tony m’a énormément appris, notamment dans ce registre bien particulier de la comédie. Il venait de « Taxi » (sitcom américaine de 1978 à 1983), avec une solide expérience et beaucoup de recul. Il m’a guidée dans un univers que je découvrais encore. Notre lien a toujours été précieux à mes yeux, et au fil des années, notre entente s’est renforcée. Après huit saisons, nous étions même encore plus proches qu’au départ, ce qui est loin d’être systématique sur un tournage. Bien souvent, au bout d’un moment, les acteurs n’aspirent qu’à partir ! Mais je n’ai jamais ressenti cela. Et je crois que Tony non plus. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire après cette aventure, mais ce qui se passait entre nous sur le plateau était unique. Il faut aussi rappeler que nous étions tous les deux mariés à l’époque, ce qui a sans doute favorisé une amitié sincère, sans ambiguïté, qu’on a mise au service du projet. Je pense que, dès que les scénaristes ont perçu cette connexion, ils ont décidé d’écrire en s’appuyant sur elle.


Changement d’univers, parlons de « Dallas » dans sa version revisitée. Vous avez tenu un rôle récurrent dans la saison 2, qu’est-ce qui vous a attirée dans ce personnage ?

J’adorais la productrice, Cynthia Cidre. Je me suis sentie réellement écoutée lorsqu’on a échangé sur ce que pourrait être ce profil. J’aimais beaucoup la dynamique qu’elle incarnait : une femme un peu enfermée dans un autre monde, ce qui la rendait mystérieuse et complexe. C’était intéressant à jouer. Et puis, je savais que le projet rassemblait des comédiens formidables, avec une vraie puissance de jeu. C’était un plaisir d’en faire partie. J’ai eu la chance d’interpréter la mère de Mitch Pileggi. Tout le monde nous regardait en disant : « Attendez… comment ça, tu es sa mère ? » Et moi de répondre : « Peut-être que je ne le suis pas vraiment ! » (Rires). Il y aurait tant à dire sur cette nouvelle version, la qualité de la production, la finesse de l’écriture… C’était un excellent renouveau.


Comment avez-vous abordé l’arrivée de votre personnage dans une série aussi célèbre et riche en dynamiques familiales ?

Comme pour n’importe quel rôle, je passe toujours par le texte. Tout part de l’écriture, des personnages. La meilleure façon de s’y préparer, c’est de lire, encore et encore. Anthony Hopkins a une phrase que j’aime beaucoup. Il dit qu’il faut relire le script jusqu’à ce qu’il nous pénètre, qu’on l’intègre physiquement, qu’on le comprenne. J’avais vu la version originale de « Dallas », donc je connaissais bien son ton, son atmosphère. Quand j’ai commencé à travailler le rôle, j’ai longuement échangé avec les producteurs sur le passé de la personne à incarner, tout ce qui se joue en arrière-plan. Je gardais ces éléments en tête au fil des nouveaux scénarios. Et puis, travailler avec quelqu’un comme Mitch, qui est exceptionnel, ça crée une véritable alchimie. Cette magie entre deux interprètes, ça change tout.


Quel est votre secret ? Vous êtes si dynamique, enthousiaste et passionnée par votre métier.

C’est ainsi que je perçois la vie. Pour moi, ce n’est pas une question de carrière, mais une question de parcours humain. Et je me sens profondément reconnaissante. J’ai le sentiment que les gens ont été très généreux envers moi, et cela me touche énormément. Il y a une énergie particulière, un élan qui naît du fait de vraiment apprécier sa vie — et c’est ce qui fait toute la différence. Il y a aussi cette dimension essentielle, notre rapport aux autres. Sommes-nous prêts à être utiles, à nous mettre à leur service ?

Julie VINCENT

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