30 juin 2026
Emmanuel Moire : « Je me sens plus solide sur scène »
Créée au début des années 2000, « Le Roi Soleil » revient dans une nouvelle version, fidèle à son souffle originel. Rencontre avec l’interprète de Louis XIV, au cœur d’un spectacle qui mêle mémoire collective et regard contemporain.

© Pixeline
Cela vous fait quoi de renfiler la perruque de Louis XIV ?
C’est une expérience très chargée en émotion. Beaucoup de souvenirs ont refait surface. Je ne considère pourtant pas cette version comme une reprise. Il s’agit d’une véritable création. D’abord parce que je ne suis plus le même homme. En vingt ans, l’artiste que je suis devenu s’est enrichi. J’ai le sentiment d’avoir accumulé suffisamment d’expériences pour les mettre au service du personnage, avec plus de liberté et de maturité.
Comment ce rôle a-t-il évolué avec le temps ?
Je ne l’ai pas abordé de la même manière. J’ai l’impression d’avoir construit un Louis XIV que je n’aurais pas osé défendre à l’époque. J’ai une conscience plus aiguë de ce qu’exige le travail d’acteur. Ma vision de la comédie musicale a également changé. Ce qui m’importe, ce n’est pas d’incarner un roi, mais un homme. À l’époque, je défendais avant tout une stature. Désormais, je cherche quelque chose de plus intérieur, plus intime, plus juste.
Avez-vous hésité avant de rejoindre la troupe ?
Oui. La réflexion a duré sept mois. On ne s’engage pas à la légère dans un projet de cette ampleur. Comme j’avais déjà vécu cette aventure, les questions se sont multipliées. Je me suis demandé si j’allais éprouver le même plaisir, si l’expérience serait à la hauteur du souvenir. J’ai pris le temps d’écouter ce que je ressentais vraiment. J’ai compris qu’autrefois, je n’étais pas suffisamment prêt pour ce type d’engagement.
Avec le recul, comment l’expliquez-vous ?
J’avais 25 ans et beaucoup de choses à gérer en même temps. Le travail sur le spectacle, bien sûr, mais aussi une notoriété soudaine. L’ensemble générait une pression constante. Je n’arrivais pas à profiter de l’instant. Je suis passé à côté d’une part de plaisir. Aujourd’hui, j’ai davantage confiance en moi. Sur scène, le stress existe toujours, mais il ne m’empêche plus d’assumer pleinement le rôle. Je me sens plus solide.
Quand vous reverra-t-on dans « Demain nous appartient » ?
Pour l’instant, tout est en suspens. Il est difficile de mener de front une série quotidienne et une comédie musicale. En revanche, je prends beaucoup de plaisir à transposer sur scène ce que j’ai appris à l’écran. Cette expérience télévisuelle m’a énormément apporté. En début de répétitions, j’ai réalisé à quel point ce rôle m’avait aidé à lever certains blocages. Je suis devenu un acteur plus libre, plus autonome, parfois sans même m’en rendre compte. Le travail continue.
Selon Dove Attia, vous êtes le « père spirituel » des membres de la troupe…
Cette aventure repose avant tout sur le collectif. Donner le ton me semble essentiel. Je suis convaincu que la qualité d’un spectacle dépend de la relation entre celles et ceux qui le portent. Je veille à ce que chacun trouve sa place et se sente à l’aise. La transmission fait partie de ce qui me motive. J’accorde beaucoup d’importance à l’écoute.
Votre hygiène de vie a-t-elle évolué avec les exigences du spectacle ?
(Rires) J’ai une vie très monacale. Lors des jours off, je me repose. Mon corps et mon esprit réclament du calme. Je me mets volontairement en retrait. J’ai besoin de ces temps de déconnexion pour arriver disponible et concentré au spectacle suivant.
Fabian FALQUE
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